samedi 13 septembre 2014

ISHOW: À grands coups de crosse

CHAQUE JOUR JE MONTRE 
EVERY DAY I SHOW






C’est la grande bataille de chacun, consciemment ou non: conserver un rythme naturel alors que ce sont des ordis qui nous imposent leur cadence. Nos journées ressemblent à un vaste fourre-tout dans lequel nous tentons d’en engranger un maximum. Tcheck, tcheck, tcheck.

Josée Blanchette
Le Devoir
25 avril 2014






When she's lonely and the longing gets too much
She sends a cable comin' in from above
Don't need no phone at all
We've got a thing that's called radar love
We've got a wave in the air, radar love








LA VITESSE TUE


sur ton écran radar love
la lumière pâle des câbles
l’arène universelle
les mecs à poil
les fouilles à nu
les heures sans sens
les jours d’enfer…et...
BREIVIK ou MAGNOTTA, ETC

Le culte en l'air
Les cuisses au ras des pâquerettes
Des yeux tout le tour de ta tête
Des mains propres
Des langues sales
Des j’aime en panne...etc...etc...





LE GRAND MASTURBATEUR






On n’est pas toujours conviés à des affaires " full fa-fa " au théâtre et c’est bien tant mieux, sinon à QUI et à QUOI servirait-il ? À ceux qui s’étendent à la plage avec une crème de bronzage 125 pour être sûr de ne pas brûler ? Le ISHOW torche là où le dos perd son nom. On l’a appris à nos risques...et à nos dépens…Tant pis pour ceux qui croient que le Carrefour International de Théâtre fait dans la dentelle...:-) 



Jean Cocteau



Des filles et des gars attablés devant leurs écrans, qui se connectent entre des fils entremêlés, prêts à enfiler des costumes d’Adam. Des filles qui mènent le bal des débutantes avec des internautes convoqués en direct. Des quidams qui exécutent des branlettes de combat ignorant qu'ils sont vus par quelques 300 spectateurs en live...Des rires, jaunes pour certains, gras pour d’autres, l’intimité démasquée, la lumière allumée. Mais aussi du noir silence, des voix déportables au cœur de l’action.  Le live de la vie, ire réelle...






Nous saurons désormais à quoi nous attendre avec LES PETITES CELLULES CHAUDES, n’est-ce pas mesdames et messieurs qui étiez quelque peu outrés par autant d’audace ? Vous ne vous étiez sans nul doute attendus à autant de toupet de la part d’une troupe de tiâtre. C’est là que j'ai pu constater le Grand Écart entre certains de nous, Spectateurs. Chacun avait son petit mot à dire à la fin, non vraiment finale finalement, sur cet acte de bravoure théâtral: dégradant, audacieux, malaisé, fou, génial, et quoi encore ? Déstabilisant, surprenant, intelligent...Tout et rien. J'ai quitté le Périscope sourire aux lèvres... :-)




Édith Patenaude, dompteuse de lions, m’a encore une fois promenée dans des lieux inédits, sauvages et obscurs. Jamais au bout de ses surprises, elle a le don de m’avoir apprivoisée à ce théâtre d’éclatement qui n’en finit plus de m’envahir. Charnel, émotif, sanglant ou froid, avec ses hauts et ses bas remplis de zones d’ombres, elle envoie ses fusées éclairantes juste à temps pour y agrandir son territoire, juste avant de nous tirer son obus souverain.








Les fusées éclairantes étaient tirées d'un fusil en guise de signaux que s'envoyaient les soldats. Elles étaient aussi employées pour éclairer une section du No Man's Land, le soir, dans le but de détecter les patrouilles ennemies ou leurs activités. Les fusées éclairantes procuraient de la lumière pendant dix ou quinze secondes et elles étaient habituellement suivies de tirs de mitrailleuses intenses.












L’HISTOIRE RÉVÉLÉE DU CANADA FRANÇAIS, 1608-1998 : Je me souviens de la tête à Papineau




 Photo: Gilbert Duclos






Four à pain 
Château Saint-Louis Terrasse Dufferin, Québec


1608 
1759 
1837 
1967 
1970 
1995 
1998






La Tête-à-Papineau
La Squaw de la Sagamité
Le Maïs l’Alcool et le Sauvageon
Le chien le cochon
L’Eau et l’opium des saouls terrains

Tout ça au cœur de mon pays
Depuis la bite à tibi aux langues de porcs dans le vinaigre de Madame Benoît
Jusqu’aux moustiques et mouches à feu
Les loups, les renards, les lièvres 
et les écureux




Dans le blanc des yeux des bancs de neige géants de mes aïeux
Le rire et la pisse jaune des chiens pas d’médaille
Le kaléidoscope des démesurés de guerre
Les 64 bombes du F.L.Q,
Le fini les folies de P.E.T.
L’Octobre de mes souvenances
Des ordres dans tous les sens






Une distribution qui n’en finit plus d’impressionner: Steve Laplante dans toute sa grandeur, François Papineau absolument délirant, Danielle Proulx au top du top, Dominique Pétin blousante, Gary Boudreault électrique, Alexis Martin, MC par excellence. Et les jeunes, Benoît Drouin-Germain, Pierre-Antoine Lasnier, Carl Poliquin et Marie-Ève Trudel, de belles découvertes qui ont ramé à la hauteur de ce fleuve agité.
L’HISTOIRE RÉVÉLÉE DU CANADA FRANÇAIS, nous aura déridés, un petit peu botoxés, avec leurs textes gonflés aux eaux profondes. Nous avions un peu mal au derrière dans la dernière heure mais LE JEU en valait sacrément la chandelle *.




SHADDY 


Shaddy est une Labrador/bracque âgée de 7-8 ans. Pierre-Antoine Lasnier, comédien dans la trilogie, est son troisième maître à vie. On ignore ce que sont devenus ses deux premiers maîtres et l’on s’inquiète un peu pour Pierre-Antoine…  Blague à part, Shaddy est une grande pacifique. Plus joueuse que chasseuse, elle n’a jamais fait de mal à un chat, ni même à un écureuil. L’hiver dernier, elle s’est perdue pendant toute une nuit près du Mont-Royal.D’aucuns l’auraient aperçu monter les marches de l’Oratoire… Elle a finalement été retrouvée, saine et sauve, sur le paillasson d’un 2e étage, chemin Queen Mary. Ses parcs préférés: le Mont-Royal bien sûr, et le parc Lafontaine (sans laisse). Son met favori : peau de saumon, bio ou pas, selon le portefeuille du maître. Shaddy adore venir travailler au théâtre. Au départ, elle a eu maille à partir avec Luc Guérin (mâle alpha ?) lors des répétitions du spectacle « Invention du chauffage… ».  Par contre, elle s’est très rapidement entichée de Jacques L’Heureux, grand complice du NTE. François Papineau peut aussi se targuer d’avoir un fort ascendant sur Shaddy, même si Alexis Martin la courtise continuellement. Quant à Steve Laplante, il est, parait-il, un peu blessé par l’indépendance de Shaddy. Dominique Pétin, qui se méfiait des chiens depuis sa tendre enfance à cause d’une expérience traumatisante, est tombée sous le charme de Shaddy: « une chienne loyale, docile, sensible et intelligente, qui m’a donné envie d’adopter Baptiste, un Border Collie vif et brillant avec lequel je partage maintenant mon quotidien ». Voilà pour la petite histoire. Longue vie à Shaddy !















vendredi 12 septembre 2014

OÙ TU VAS QUAND TU DORS EN MARCHANT: carrefour d'images


GERMINAL: Homeland



« Passez leur le POC pis y vont en raconter des buts !! »
L.L.

C’était au début du grand tout, du man itou, y'avait rien ou presque rien, qu’une faible lueur venue du Grand Nulle Part. Des bruits inaudibles, une musique sans note. Puis quelque chose dont je ne me souviens pas mais quelque chose qui a fini par me faire allumer l'esprit, le grand et le petit. L’Homme se mit lui-même en scène. Sa parole se fût. Son public se tût. 







Tête dans le plancher, coup de masse média, massacre de tronçonneuse, étang de temps à partager...J’AIME, JE PARTAGE, J’ANNULE. La craie chante sur le tableau des notes de passage. Les rires, diffus au début, émanent en augmentant de nos sièges où nous sommes rivés. Nos yeux qui dévisagent les phrases défilant sur le premier mur mûr du Théâtre de la Bordée...

En ce mois de l’année où l’été se pointe le bout du nez encore enrhumé, l’Homme émigre dans toute cette splendeur qui texte, qui tweet, qui surf, qui craque, qui crash, qui nage, qui coule. Il faut le voir se noyer dans cette marre hallucinante de mots nopatomés, se brûler la rétine sur les écrans multiples, baigner son regard dans le vide absorbant de l’autoroute cybernétique. 

On rit, on réfléchit; on s'excite, on se clame. Puis on se repose des questions qui nous fatiguent tant. On déménage de planète le temps d’une saynète. On pense avoir tout vu. AH! AH! AH! Mais on n’a encore rien vu. Croyez-moi, le théâtre d’Antoine Defoort et de Malory Georger nous en ont mis plein la tête avec LEUR tarte à la civilisation. Pour ma part, j’en reprendrais bien une autre pointe lors d'un futur Carrefour, le temps d'une prochaine découverte. 

***

En compagnie d’Oscar Éric, quelques instants avant la représentation, j'ai eu le privilège de converser avec l’aimable Anne-Marie Olivier. Avons parlé de théâtre bien évidemment, surtout de son magnifique et sublime FAIRE L’AMOUR, que nous avions vu A. et moi le printemps dernier au Périscope. Ça a convaincu Oscar Éric de peut-être aller le voir à Montréal cet automne.  

***

Et oui, cet automne est presque arrivé, ne reste plus que quelques jours encore pour amorcer une autre splendide saison théâtrale, comme une cinquième saison, celle qui nous emporte dans les hauts-lieux de l’Imaginaire cruel, réel, hyperactif, lunatique, ludique, sans détour ni compromis, toujours à l’affût de superbes complots, de ceux qui ne se vivent qu’en live, en compagnie de ceux et celles qui le font naître pour ne pas qu’il disparaisse…

Roland Lepage, le doyen y était également. Quel bonheur j’ai à chaque fois de croiser cet homme qui a tout donné, et donne encore, à cet art tant nécessaire qu’est le Théâtre. Il sera d’ailleurs au Trident l’hiver prochain dans LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR de Martin Crimp. C’est l’enfant terrible Christian «  Artaud » Lapointe qui en fera la mise en scène, une pièce que j’ai très hâte de voir.


GERMINAL










mercredi 6 août 2014

BESBOUSS, AUTOPSIE D'UN RÉVOLTÉ: tapis rouge pour un second printemps





« QU’AVONS-NOUS FAIT DE NOTRE PAYS POUR QUE TOUS NOS ENFANTS RÊVENT DE LE QUITTER ? »

Stéphane Brulotte






Et puis ? T,as réussis de venir voir notre cadavre carbonisé?
11 MAI 2014

OUI, et c'était absolument révoltant mais tellement poignant. Ma mère avait les yeux remplis d'eau, elle tentait sans doute d'éteindre tous ces feux qui brûlent l'âme. DIGNITÉ et JUSTICE, deux mots-clés qui ont déverrouillé la serrure qui garnit la paroi de nos cœurs endurcis. Merci pour la générosité avec laquelle tu as donné vie à cet enfant qui s'est endormi dans les flammes de la solitude extrême pour mieux revivre. Merci. J'écrirais quelque chose de plus substantiel bientôt sur mes ENVAPEMENTS. Merci et bonne continuation cher Abdelghafour. XX

12 MAI 2014






Le temps d’un printemps
Le temps d’un bref instant
Toute l’intensité de ta lumière
Dans le creux de mon cœur/cratère


Mohamed Bouazizi



Il n’y eut pas de plus beau jour que ce dernier 10 de mai pour y faire mon retour dans la métropole. Il faisait chaud pour la vraie première fois de cet an 2014 et c'était franchement la température par excellence pour y revoir ma Mère, mon petit Frère et...l’Acteur...





Abdelghafour Elaaziz, que j’avais vu dans ce superbe ballet de cruauté qu’est la CANTATE DE GUERRE * de l'auteur Larry Tremblay au Théâtre d’Aujourd’hui en octobre 2011, a à nouveau fait jaillir une lumière dans mes ténèbres. Totalement investi dans sa fonction de médecin légiste, rôle taillé sur mesure pour lui, il en est, j'en suis maintenant certaine, ressorti grandi par cette histoire vécue il n’y a pas si longtemps…

L'histoire de ce jeune Tunisien, qui avait touché le monde entier, a pris ici, à Montréal, une tournure plus poétique et sentimentale que révolutionnaire, mais on y sentait encore très bien l'odeur du jasmin de la révolte...



***


N., la gentille couturière tunisienne qui tient commerce à quelques coins de rues de chez moi, en avait long à me raconter à propos de cette révolution du jasmin. Elle connaissait toute l’histoire de Mohamed. Elle était encore enflammée de m'en parler. Elle m'a fait repenser à cette phrase citée plus haut et je me suis demandé si elle n'avait pas quitté son pays à cause de ce qu’elle rêvait d'y vivre mais qu'elle ne vivrait peut-être jamais...



Bessema Bouazizi tient une photo de son demi-frère Mohamed Bouazizi,
 à son domicile de Sidi Bouzid (Tunisie), le 6 février 2011. 
(LOUAFI LARBI/REUTERS)

Les rêves, peu importe le pays que l'on a choisi pour son exil, souvent se déforment pour se transformer en cauchemar. Je pense que N. apprécie son pays d’adoption; elle y travaille et paie des impôts, y fait instruire son fils, parle de justice, de paix et de révolution. Elle fait son possible, comme la plupart d'entre nous ici-bas. Je l’aime comme la sœur que je n’aurai jamais eue...



Manifestation, Paris, 22 janvier 2011
Photo: François Lafite
http://www.francoislafite.com


Voilà pourquoi A. et moi, mon indéfectible compagnon théâtral, sommes autant attirés par les pièces ethno-québécoises. Pour sentir l’odeur de ces épices que l’on ne connait parfois que de nom, pour pouvoir toucher aux couleurs rebelles de tous ces drapeaux blancs, pour envisager l’Autre au lieu de le dévisager, pour goûter son sang chaud, pour entendre son cœur battre dans sa poitrine de révolutionnaire. Voilà pourquoi j’ai tant apprécié que le concitoyen engagé qu'est Dominique Champagne ait mis en scène l’ultrasensible poésie des mots brûlants de Stéphane Brulotte. Ils nous ont véritablement fait voyager au cœur de la tempête...


Stéphane Brulotte, Dominique Champagne, 
Abdelghafour Elaaziz avec le cadavre de Besbouss


Ce fût difficile par moments, surtout lorsque nous vîmes le cadavre carbonisé de Besbouss. Enrobé de la révolte du médecin légiste, il vivait à nouveau sous nos yeux rougis. Difficile oui, mais si apaisant en même temps, surtout à la fin. La libération du douloureux monologue qu’avait eu à maîtriser Abdelghafour Elaaziz nous libérait en même temps que lui. D'où les larmes de ma mère, et les miennes. J'entends encore l'impressionnante salve d’applaudissements dans le Théâtre de Quat'Sous pour ce vaillant guerrier de la scène. Merci pour cet autre combat, les martyrs ne seront jamais oubliés. J'ai ici une pensée pour mon petit-cousin Samuel, parti lui aussi en martyr un mois plus tard. Il était en voyage au Maroc, pays ensoleillé de la naissance d'Abdelghafour. En compagnie de ses amis, il y parcourait le paysage de ses rêves puis est tombé...fatalement. J'offre à Besbouss, Abdelghafour et Samuel cette musique qui me rappelle leurs martyrs...




Je voyagerai au creux d'une vague
d'une aile
Je visiterai les âges qui nous ont quittés
et les sept galaxies

Je visiterai les lèvres
et les yeux lourds de glace
et la lame étincelante dans l'enfer divin

Je disparaîtrai
la poitrine ceinte de vents noués
laissant mes pas au croisement des chemins
loin
dans un désert

ADONIS



BESBOUSS, AUTOPSIE D'UN RÉVOLTÉ


Texte
Stéphane Brulotte

Mise en scène 
Texte
Stéphane Brulotte


Mise en scène 
Dominic Champagne


Avec 
Abdelghafour Elaaziz


Assistance à la mise en scène et régie Guillaume Cyr


Scénographie
Michel Crête


Costumes 
Julie Castonguay


Lumière 
Étienne Boucher


Musique originale 
Alexander MacSween


Vidéo 
Geodezik








P.S. : Abdelghafour Elaaziz doit venir à Québec cet automne pour nous offrir ce magnifique cadeau et cette fois A. y sera.  IL VA S'EN DIRE...des choses...