mercredi 8 avril 2015

MOI DANS LES RUINES ROUGES DU SIÈCLE : le second souffle de Sasha




LA SÉRIE DU SIÈCLE

Devant le fait accompli de la nouvelle agréable
le divin enfant nous est né.
Et même lorsqu'il est triste
son histoire sait comment nous faire rire.
Mais par-dessus tout, 
il sait comment faire vivre...

Depuis le rouge éclatant de sa bonté: son cœur.
Toujours à la bonne place.
Et son souffle au centre du ventre chaud de sa mère,
entre les mains charbonneuses de son père.

L.Langlois
7 avril 2015




 Photo: Jérémie Battaglia



« LES IDÉAUX SE SUCCÈDENT, ON LES DÉPASSE, ILS TOMBENT EN RUINES, ET PUISQU’IL N’Y A PAS D’AUTRE VIE, C’EST SUR CES RUINES ENCORE QU’IL FAUT FONDER UN IDÉAL DERNIER. »

LES NUITS BLANCHES
Fedor Dostoïevski


S’il fallait donner des étoiles aux pièces de théâtre celle-ci n’en mériterait pas moins de cinq. Une mise en scène impeccable. Des interprètes majestueux. Des éclairages parfaits. De la musique au point. Une scénographie d’une sobriété tellement efficace.Tout était en place pour ce magnifique texte empreint de la plus profonde des transparences.






L’histoire " vraie " de Sasha Samar nous a complètement bouleversés A. et moi. Personne d’autre que lui n’aurait pu mieux nous la raconter parce que « c’est SON histoire ». Celle d’une naissance. D'un père, d’une mère et d’un enfant. Rien de bien compliqué. Et pourtant…Fallait entendre toute la suite de ce monde en ruines pour se rendre compte que le rouge est sans aucun doute possible la plus belle couleur qui soit pour parler en plein cœur du Spectateur…






L’Ukraine, à nouveau morcelée par les dents longues de la Russie, celle de Poutine, nous a envoyés promener directement dans le tordeur assassin du Grand Réacteur de Tchernobyl. Les comédiens, dont deux d’entre eux, Marilyn Castonguay et Pascale Montpetit, cassaient la pièce ce soir, ont fait des lieux magiques du Périscope, une salle taillée sur mesure pour ce genre de pièce, là où la dimension humaine y prend tout son sens, là où l’intégrité du texte et la sobriété du décor cohabitent parfaitement avec la gestuelle et la parole. De quoi faire le plus beau des voyages avec presque rien. C’est tout cet ensemble exemplaire qui nous a transportés là-bas, dans les mines de charbon, dans le salon, devant l’écran de télévision, à la radio, dans la discothèque, sur le sofa, au creux des mains, dans le souffle au cœur de Sasha Samar, un homme qui sait si bien se raconter et qui fait vraiment beaucoup de bien à rencontrer. Sa quête personnelle nous aura projetés, souhaitons-le perpétuellement, les uns contre les autres, sur la nôtre. NOUS ÉTIONS... ENSEMBLE...


Père et fils, 1980


« Oui, l’homme a la vie dure ! Un être qui s’habitue à tout. Voilà, je pense, la meilleure définition qu’on puisse donner de l’homme. »

SOUVENIRS DE LA MAISON DES MORTS
Fedor Dostoïevski




 Les liquidateurs de Tchernobyl, héros malgré eux...


Boudha m'a dit d'une voix basse
Tous lasse hélas ! Tout casse, tout passe
L'enfant répond d'une voix brave
C'est pas grave papa, c'est pas grave
Des cris résonnent au fond de la mine
Ceux de Lennon, ceux de Lénine
Et j'entends les sirènes chanter
Vanité tout est vanité

Pierre Flynn
TRACES DANS LE SABLE
"mirador"





Le rapprochement fructifiant d’Olivier Keimed et de Sasha Samar nous aura fait profiter pleinement de chacune des scènes impérissables de ce chef-d’œuvre d’humanité. Secondés admirablement par les chevronnés Robert Lalonde et Pascale Montpetit, toujours aussi puissants et touchants, que dire de l’intensité de la fougueuse Marilyn Castonguay et de la brillante folie de Geoffrey Gaquère ? Que cette pièce aura marqué nos mémoires par le feu de la passion qui brûlait dans leurs yeux en ce soir de première.


Rue Hrouchevski, le 22 janvier 2014


Merci du fond du cœur au Théâtre Périscope de nous faire passer par toute la « game » des émotions. Cette saison 2014-2015, qui s’achèvera bientôt avec le NO SHOW, c’est drôle à dire, mais c’est presque à regret qu’on la quitte. Parce qu'elle était unique et qu'elle nous a laissé de belles et parfois douloureuses séquelles dans nos esprits avides d'histoires. Qu'elles soient vraies ou fictives, nous avons la certitude d’en retrouver d’aussi bonnes, humaines et profondes pour la prochaine. Avec une programmation tout aussi alléchante et intrigante, incluant la relecture du mythique VINCI de Robert Lepage et le non moins énigmatique SAUVAGEAU SAUVAGEAU de Christian Lapointe, il est d’ores et déjà assuré que l'on sera à nouveau...FIDÈLES AU POSTE…


***

Peut-être est-ce seulement qu'une coïncidence mais nous étions le 7 avril 2015, et il y a un an, jour pour jour, se passait ceci:


MOI DANS LES RUINES ROUGES DU SIÈCLE

Idée originale: Sasha Samar et Olivier Kemeid
Auteur: Olivier Kemeid
Mise en scène: Olivier Keimed
Assistance à la mise en scène: Stéphanie Capistran-Lalonde
Conception visuelle: Romain Fabre
Éclairages: Martin Labrecque
Conception sonore: Philippe Brault
Mouvement: Estelle Clareton
Régie: Charlotte Ménard
Direction de production: Catherine La Frenière
Direction technique: Alexandre Brunet
Assistance aux costumes: Fruzsina Lànyi
Assistance au décor et accessoires: Loïc Lacroix Hoy
Production: TROIS TRISTES TIGRES

ÉQUIPE DE TOURNÉE

Direction de production: Caroline Ferland
Direction technique: Érik Palardy
Régie: Maude Labonté
Régie éclairages: Marie-Aube St-Amant Duplessis




TROIS TRISTES TIGRES


***



Le Feu, rage de petite étincelle, observe l'eau des souterrains; il est agité, il voudrait remonter à la surface, se rouler dans l'herbe, partir en fumée, disparaître. Mais il couve sous la terre, il attend la foudre des armes aux côtés de ses racines brûlées.Il faut ou il ne faut pas, le présent c'est toujours aussi embarrassant. Mais un jour, il le faudra bien. Il le faudra. Partir. S'éloigner de soi. Envisager le détournement majeur. Virer boutte pour boutte. Traverser le cul-de-sac des calamités. Fleurir le Néant. Déterrer le Miracle.

elquidam à aimon, le 18 juillet 2012





 Vieil artefact de la Série du siècle,
que je garde précieusement 
dans mes rouges souvenirs de 1972

L.L.


samedi 28 mars 2015

W;T: exit la souffrance, c'est le temps des vacances

;





Le temps passé,
Celui qui va naître,
Le temps d'aimer,
Et de disparaître
Le temps des pleurs,
Le temps de la chance,
Le temps qui meurt,
Le temps des vacances... 






Pas tellement facile d’écrire sur la Mort après l’avoir vécue de si loin. Pas vraiment facile non plus de la voir en face de soi le temps d’une seule et unique représentation. La Mort, celle qui détient cet immense espace qui l’accueille froidement...



Leda
Marius Dubois


Un flot de mots évanouis sur le linceul d’une femme qui les aimait tant. Les mots du poète John Donne qui s’éteignent un à un sous le couvert de leur gloire. Anonymement, presque sans bruit, c'est le coup dur sur la vie qui bat, le sang qui coule encore dans la veine noire de la destinée…

Vivian Beiring s’est finalement éteinte en ce soir frisquet de fin mars. Elle qui croyait qu’elle n’en n’avait que pour quelques deux heures à vivre, serait bien surprise d’apprendre qu’elle aura survécu ici, sur mon écran au fond brillant, comme une étoile point-virgule dans le noir profond des siècles. Son cher poète, celui qu’elle a tant aimé décortiquer, est sûrement à ses côtés, entrain de lui lire quelques-uns de ses plus célèbres sonnets. On peut penser que c’est ce qui serait le mieux pour elle dans ce monde de l'au-delà mais on ne sait pas vraiment grand-chose là-dessus.

Michel Nadeau, du Théâtre Niveau Parking, nous a une fois de plus transportés cette saison sur les solides épaules d'un art qui, œuvre après œuvre, rajoute une couche d’humanité aux murs fertiles de la Résistance. Nous ne pouvions espérer mieux. Nous ne pouvions mériter plus. Traiter du grand C avec autant d'agressivité et froideur médicale mais également avec la bonté du personnel hospitalier nous en aura fait voir de toutes les couleurs, peut-être comme celles que nous appréhenderont nous-mêmes, un jour ou l'autre... 







Lorraine Côté, comme elle a l’habitude de le faire, nous a importés de sa LUMIÈRE personnelle, celle qui sait si bien s’imprégner de la beauté et de la grandeur des personnages qui semblent l’habiter intégralement. Ses oncologues, Jacques Leblanc, le réputé chercheur, Simon Lepage, le résident ancien étudiant de Vivian, ainsi que son attachante infirmière, Marie-Josée Bastien, l’ont magnifiquement bien épaulée. 


Photo: La Bordée

Entourée de leurs collègues infirmiers, Danielle Le Saux Farmer, Maxime Beauregard-Martin et Laurence Moisan-Bédard, on peut dire qu’elle était entre leurs bonnes mains. Et Paule Savard, tel un ange qui passait dans le coin, juste pour prendre de ses nouvelles, qui a fait de la délivrance sa complice, dans une très grande scène de sortie que l’on gardera longtemps pour notre mémoire de futurs « exités ». La grâce avec laquelle elle lui a récité l’histoire du RUNAWAY BUNNY laissera providentiellement des traces de beauté infinie dans le décor de l’Éternité…


Margaret Edson




Margaret Edson, l’auteur de ce fort beau texte, traduit ici par Maryse Warda, a remporté le prix Pullitzer en 1999, c’est tout dire. 





W;T 

Conception

Texte: Margaret Edson
Traduction: Maryse Warda
Mise en scène: Michel Nadeau
Assistance à la mise en scène: Veronika Wakdissi-Warren
Décor et accessoires: Christian Fontaine
Costumes et coiffures: Julie Morel
Lumières: Denis Guérette
Musique: Marc Vallée
Vidéo: Lionel Arnould
Maquillages et coiffures: Vanessa Cadrin






Parce que la vie et la mort vous vont si bien, chère madame Beiring, nous serons vos éternels WIT WATCHERS...


AUCUN HOMME N’EST UNE ÎLE, UN TOUT, COMPLET EN SOI ; TOUT HOMME EST UN FRAGMENT DU CONTINENT, UNE PARTIE DE L’ENSEMBLE ; SI LA MER EMPORTE UNE MOTTE DE TERRE, L’EUROPE EN EST AMOINDRIE, COMME SI LES FLOTS AVAIENT EMPORTÉ UN PROMONTOIRE, LE MANOIR DE TES AMIS OU LE TIEN ; LA MORT DE TOUT HOMME ME DIMINUE, PARCE QUE J’APPARTIENS AU GENRE HUMAIN ; AUSSI N’ENVOIE JAMAIS DEMANDER POUR QUI SONNE LE GLAS : C’EST POUR TOI QU’IL SONNE.

John Donne (1572-1631)
DEVOTIONS UPON EMERGENT OCCASIONS








Stay, O sweet, and do not rise !
The light that shines comes frome thine eyes ;
The day breaks not: it is my heart,
Because that you and I must part.
Stay ! or else my joys will die,
And perish in their infancy.

John Donne

Mon sweet runaway bunny

;

vendredi 20 mars 2015

NORGE : L’allégresse de l’inattendu


Photo: Stéphane Bourgeois




La lumière du Nord au sein des étoiles filantes
Une aurore boréale en plein milieu de la plus longue nuit
Un vent de douceur dans le froid de l'interminable hiver
Une histoire d’amour et de souveraineté
Un accent d’Amérique venu de la paisible Norvège
Une explosion d'émotions au rouge intense
Le courant électrique de la poésie de l'accessible
L'allégresse de l'inattendu...



                                                  http://www.jonasdahlberg.com/



« Mais on n'est jamais vraiment prêt pour la mort de ses parents »

Kevin McCoy



NORGE, une peinture de famille, celle de Kevin McCoy, l'ami américain aux racines norvégiennes. NORGE, l’histoire passionnante d'une jeune exilée de quatorze ans, grand-mère maternelle que l'auteur n’a malheureusement que très peu connue, celle-ci étant décédée alors qu’il n’avait que quatre ans. HERBJØRG (Hansen) Wetzel, quitta son village situé dans le cercle polaire de la Norvège pour l’Amérique. Une bienheureuse et sublime ballade au pays de centaines de fjords et des quelques cinquante mille îles qui sculptent son pays sage…





Le Théâtre Humain de Kevin McCoy, un phare puissant, non pas un de 65 étages, mais assez éclairant pour y aviver le feu de l’esprit d’une société dite culturelle. La chanson touchante de la finale, toute en douceur, m’a en effet jeté un éclairage encore plus juste sur ce qui relie l’Enfant que nous sommes, et serons toujours, à la Mère vieillissante qui perd un peu de sa grande et si noble mémoire. Un moment inoubliable, gravé dans la mienne pour encore très longtemps je l’espère bien.





La musique du piano, ce fantôme amical qui nous veut pour la plupart du temps toujours du bien, admirablement interprétée par Esther Rochon, a fait gonfler les ailes de mon cœur un peu à l’étroit dans sa cage thoracique. Beaucoup d’émotions me rappelant à la mémoire enchanteresse de mes grands-mères Juliette et Marguerite, fée marraine urbaine et magicienne mémère rurale de l’Enfance Sacrée, toutes deux hautes en couleurs d'humanité. Les souvenirs que j'ai d'Elles ont brodé dans ma mémoire l'impérissable beauté du sang qui nous relie les unes aux autres. Mais par-dessus tout celui de ma mère Marielle, la mère souveraine de ma venue ici-bas, Celle par qui je suis ce que je suis...


Juliette

Marguerite

Marielle

Le périple achevé de cette autre pièce pèlerinage, notre 19ème cette saison, nous devions à nouveau rentrés au bercail, mais avant, A. et moi désirions aller saluer l’Artiste, qui ce soir jouait grippé, ce qui je crois rendait sa prestation encore plus…humaine. Ayant été quelque peu saisis d'apprendre dans la pièce que Kevin avait été quelque peu angoissé un moment par la sclérose en plaque, dite maladie du Nord, nous avons quand même pris de ses nouvelles. Il nous à nouveau rassurés: il va très bien et sa mère va très bien aussi malgré « les petits oublis »…Nos mères encore belles et bien vivantes avec nous, c'est probablement la pièce de théâtre la plus longue et la plus chaleureuse que nous ayons vue...


Photo: Jean Coulombe


Merci beaucoup Monsieur McCoy d’être venu un jour vous installer dans la contrée nordique de Québec il y presque deux décennies, en cela je me retrouve aussi l’ayant moi-même choisie comme nouvelle amoureuse il y aura bientôt 36 ans. Rien à comparer à l'exil que vous avez vécu vous et votre aïeule mais il n'en demeure pas moins que c'est tout autant un déracinement.   En espérant qu'il y aura une nouvelle création pour bientôt au Théâtre Humain.





NORGE


DISTRIBUTION

Esther Charron: pianiste
Kevin McCoy: Kevin

Texte et mise en scène: Kevin McCoy
Scénographie et costumes: Yasmina Giguère
Éclairages: Laurent Routhier
Conception sonore: François Leclerc
Vidéo: Lionel Arnould
Mouvement: Arielle Warnke St-Pierre
Assistance à la création 
et à la mise en scène: Jenny Montgomery
Collaboration artistique: Nicolas Léger
Conseiller dramaturgique: Olivier Kemeid



Reportage Radio-Canada










dimanche 15 mars 2015

DISPARAÎTRE ICI: de la chair autour du sang

Photo: Charles Fleury



I am trying to be heroic
In an age of modernity
I am trying to be heroic
As all around me history sinks
So I enjoy and I devour
Flesh and wine and luxury
But in my heart, I am lukewarm
Nothing ever really touches me

BLOC PARTY
SONG FOR CLAY
(DISAPPEAR HERE)




En règle générale, la connaissance des attracteurs permet de savoir partiellement (au moins statistiquement) ce qui va ÉMERGER du chaos, alors que la connaissance des éléments individuels du système chaotique n'y aide pas particulièrement.
(wikipedia)




« BUT EVERYTHING MEANS LESS THAN ZERO »







DISPARAÎTRE ICI





et ...





ÊTRE AILLEURS LE TEMPS D'UNE PIÈCE
DÉTACHÉS
FAIRE PARTIE DU PUZZLE
SE SENTIR EN BAS DE ZÉRO
LE TEMPS D’UNE SORTIE EN RÈGLE
COMME POUR FAIRE LA DIFFÉRENCE
ENTRE LE SANG ET LE SPERME: L’INTELLIGENCE.
CELLE DES ALLÉES ET RETOURS DANS LES BARS FROIDS DE L’EXISTENZ
LES RELENTS DE L'ALCOOL DES BRUMES MATINALES
LES ODEURS DE LA DANSE DES LOUVES EN CHALEUR
LE PARFUM DES PLANCHERS GOMMEUX
LE FITNESS DES CERVEAUX GELÉS
LA CRUE DES SENS UNIQUES DES ENFANTS MORTS-NÉS
L’ÉTHER DES NUITS RÊVÉES
L’ABSOLUTION DES CHAIRS BRÛLÉES
LE COEUR COUSU DANS LES BAS NYLON
L’ÉTREINTE DES LONGS CHEVEUX
L'EMPREINTE DES AIGUILLES DANS LES DRAPS DE SAPIN
LES ALVÉOLES REMPLIES DE FUMÉES INDIGÈNES
LA CRASSE SOUS LES ONGLES DÉPEINTS
LES COLLIERS DE STRASSE SUR LES PEAUX STRESSÉES
LES JEUX INTERDITS DES VIOLS COLLECTIFS
LES INTENTIONS QUI NE COMPTENT PAS
LES DÉSIRS CONSOMMÉS
LES DÉSILLUSIONS ABSOLUES
LES VIERGES INOFFENSIVES
L’OFFRANDE DES METTEURS EN SCÈNES
LE VOYEURISME DES SPECTATEURS
L’INTELLIGENCE DES AUTEURS
LES SAUTES DE LEURS HUMEURS
L’OMBRE LUMINEUSE DES ATTRACTEURS









Mardi passé avait lieu la première de DISPARAÎTRE ICI présentée au Théâtre Périscope. Produite par LES ÉCORNIFLEUSES et TECTONIK, cette pièce pour 16 ans et plus nous en aura mis plein la vue et les oreilles. Une scène drapée de multiples plastiques qui donne une impression de profondeur inouïe, on était carrément enveloppés par la beauté énigmatique de ce décor sans murs. Parce que l’esthétique y est glorifiéede tous bords tous côtés, la futilité des rencontres one night stand comme dans celle des froides amitiés sonne comme une ode aux épidermes toujours si bien épilés, un exercice mental de mise en forme physique. Une crue soudaine de remous érotiques dans le spa des riches enfants de Brett Easton Ellis. Des mômes de trente ans qui naviguent night and day entre leurs pulsions de vie et de mort, des protagonistes du rien, des moins que zéro. Mais à la fin peut-être pas tant que ça. Quand on regarde de plus près ce qui nous reste après avoir vécu l'Abominable des Profondes Nuits de Grande Cuite, on se met soudainement à penser à ce que l'Enfance avait de plus pur à nous offrir: la Main inquiète et moite d'un Petit Frère E-perdu....



TIME TO DANCE !









Dans ce monde de semi virtuels, où il y a tant de regards qui se perdent dans les écrans multiples, y en aurait-il deux ou trois qui pourraient se retrouver par hasard (ou malchance) qu'ils en seraient magnifiés par mille ? L'horreur donne parfois de ces beautés qu'on n'aurait jamais cru imaginer...




L'Inspirateur, Bret Easton Ellis


DISPARAÎTRE  ICI

Auteurs et idée originale: Jocelyn Pelletier et Édith Patenaude
Mise en scène: Jocelyn Pelletier et Édith Patenaude
Conception: Jean-François Labbé, Karine Mecteau-Bouchard et Mykalle Bielinski
Production et direction artistique: tectoniK­­­ et les Écornifleuses
Adaptation librement inspirée de l'oeuvre de Bret Easton Ellis

DISTRIBUTION

Caroline B. Boudreau: Fred
Philippe Durocher: Phil
Gabriel Fournier: Pat
Laurie-Ève Gagnon: Evelyn
Marie-Hélène Lalande: Alexe
Joanie Lehoux: Maud
Valérie Marquis: Chloé/Denise/Clara 2
Guillaume Perreault: Xavier
Lucien Ratio: Dany
Alexandrine Warren: Clara 1



You spin me right round, baby
Right round like a record, baby
Right round round round











jeudi 19 février 2015

LE CHANT DE MEU: une run de lait le temps d'une chasse

Photo: Silène Beauregard


Fallait qui tire la vache pas l’buck




If I were a swan, I'd be gone.
If I were a train, I'd be late.
And if I were a good man, I'd talk with you more often than I do.
If I were to sleep, I could dream.
If I were afraid, I could hide.
If I go insane, please don't put your wires in my brain.
If I were the moon, I'd be cool.
If I were a rule, I would bend.
If I were a good man, I'd understand the spaces between friends.
If I were alone, I would cry.
And if I were with you, I'd be home and dry.
And if I go insane, will you still let me join in with the game?
If I were a swan, I'd be gone.
If I were a train, I'd be late again.
If I were a good man, I'd talk to you more often than I do.





« Maintenant encore, dit-il, nous pouvons revenir sur nos pas; mais, si nous passons ce petit pont, le sort des armes décidera de tout.  »

Suétone
La vie des douze César  



BREUIL: masculin (Sylviculture). Terme d’eaux et forêts. Bois taillis ou buissons fermés de haies, servant de retraite aux animaux.

Dictionnaire Littré



PAN ! En plein dans la gueule.
Tiens, prends ça ma grosse vache !

Pendant la nuit des longs couteaux,
des hommes en chemise sul’carreau
Sniffent de la coke, traque le buck,
Avancent dans la mort, reculent sur le tort
Se saoulent, se scratchent, se cachent
Ressuscitent des souvenirs d’enfance
Visitent des prisons, perdent la raison
Saignent la violence faite aux vaches
Circonscrivent la mort à leurs trousses





Chez eux, pas le temps de réfléchir, plutôt agir selon la montée de lait ou d’adrénaline. Leurs pulsions dictent l’act of god qu’ils accompliront afin de sauver leur monde. Ils avancent, font du surplace mais jamais ne reculent devant le rien des autres. Comment se fait-il qu’Alain aie passé à l’acte ? Comment se fait-il que son grand chum Marco l’ait dénoncé ? Ça restera gravé dans nos mémoire comme le souvenir grotesque d’une longue nuit de chasse folle…





L’avancée théâtrale des deux protagonistes, habilement dirigés par Benoît Desjardins, directeur du Noble Théâtre des trous de siffleuxnous en aura mis plein la vue et le ventre avec Martin Dubreuil et Jean-René MoisanAlain et Marco pour les intimes présents vendredi soir dernier chez Premier Acte. Ensemble puis séparément, sur le seuil d’une porte qui claque à la face du désespoir, pendant que les poudres se compactent dans le ziploc, que le Rubicon franchit le cœur du Chasseur, que son arme dégaine sur le Sénile Cultivateur, que le chant d'une vache à l'agonie s’accorde à l’Histoire de son Créateur, que résonne l’horreur du bout de la nuit noire...

Le temps d’une chasse, c’tait l'bon temps, han Alain ?



 LE TEMPS D'UNE CHASSE

Robin Aubert, un poète, acteur, réalisateur, qui s’inspire du breuil à travers les tranchées de la guerre que se livre l’homme et sa Nature. Martin Dubreuil, la bête lumineuse, dont nous avions pu apprécier l’immense talent quelques jours auparavant dans le remarquable FÉLIX ET MEIRA de Maxime Giroux, un film qui nous promène dans les rues juives hassidiques d’un Montréal où l’on ne s’aventure pas très souvent, nous a à nouveau émerveillés par son jeu impeccable, lui qui mister tambourine man et danse comme un fou et envoie son poing sur LA GUEULE DES JOURS…avec les Breastfeeders, une autre sorte de run….






Jean-René Moisan, avec cette fureur interne qui ne déborde jamais trop mais qui fait de l’effet à chacune de ses élégantes apparitions. En relève d'Hubert Proulx, il a su comment frappé un maudit beau coup de circuit...tout en douceur...Benoît Desjardins, le metteur en scène de cette ballade au cœur des mots de Robin Aubert nous parle de son théâtre des Hautes-Laurentides:




Tant qu’il nous restera quekchose dans l’frigidaire, comme de cette éblouissante lumière dans le Noble Théâtre des trous de siffleux, nous serons riches de matières premières...


LE CHANT DE MEU

TEXTE: Robin Aubert
MISE EN SCÈNE: Benoît Desjardins
SCÉNOGRAPHIE et COSTUMES: Silène Beauregard
CONCEPTION et ARRANGEMENTS SONORES: Maude St-Pierre
CONCEPTION D'ÉCLAIRAGE/RÉGIE: Émilie Gendron
MUSIQUE ORIGINALE: Sylvain Lafontaine
DISTRIBUTION: Martin Dubreuil et Jean-René Moisan
AVEC LES VOIX DE: Fred-Éric Salvail et Éloïse Boies