mercredi 3 février 2016

GRACE : pour atteindre l’inaccessible étoile




Up and over, we go through the wave and undertow
I will float until I learn how to swim
Inside my mother in a garbage bin
Until I find myself again, again

extrait de King of carrot flowers
Neutral Milk Hotel





OEIL ETOILES SOLEIL

presque les mêmes lettres pour
la presque la même définition

depuis les étoiles de Steve
mortes dans l’œil de Sara,
le soleil et la lune de Sam
le ciel et l'enfer de Karl





Comme le milieu
Comme le début
Comme il se doit
Comme il se peut

Des doutes spoilés en partant...


Le serpent qui se mord la queue
Le train qui ne s’arrête jamais pour te faire monter
Le ciel qui se remplit de fumée, de sang et de neige

C'est le début de la faim.
C'est le début de la fin finale. 
Point.

***

Un détonateur
Un mirador
Un détecteur
Un réflecteur

Entre la foi et la raison, l
le gun pour so d'hommes et gars morts




Croire qu’on pourrait rembobiner sans fin le film de cette vie faite de reculs et d’avancements, pour voir briller la lumière divine au bout du tunnel du diable…





Sam, défiguré par l’accident fatal qui lui a ravi sa douce moitié; Karl, qui peste contre la religion pour des raisons ô combien raisonnables; Sara, qui espère bien donner à la terre un enfant de plus; Steve, qui s’imagine devenir le roi d’une chaîne d’hôtel gospel; Sam, qui s’attache à Sara; Sara qui se détache de Steve; Karl qui extermine les coquerelles; Steve qui pulvérise leurs vies…




GRACE, un drame américain de l'american dream comme il s’en dessine là-bas et ici plusieurs fois par jour, comme cette multitude d’attentats terroristes qui surgissent depuis quelques mois. GRACE, comme l’assassinat non prémédité d’une étoile dans un ciel de pierre. GRACE, qui nous aura projetés le temps de cette heure et demie dans un monde qui se vit parfois à côté de chez nous, chez ce voisin que nous croisons de temps en temps, à qui nous ne parlons pas ou si peu par crainte de le déranger ou de déclencher une tragédie du genre de celle que nous avons vue ce soir. GRACE, une pièce qui a le don spirituel de nous avoir fait réfléchir encore une fois sur cette société si chancelante, faites de malheurs et de divisions, de crises et d’abandons, mais encore pire, d’indifférence.




L’illusion axée sur le profit fait-elle de nous des enfants de chiennes ? ou de Dieu ? Allez en parler à Karl, cet homme qui extermine la petite vermine, qui a connu de près l’horreur nazie, essayez de le convaincre qu’il faudrait peut-être qu’il se mette à prier un peu pour tenter d’effacer les images de violence épinglées à jamais dans son cerveau de jeune Allemand terrorisé. Et recevez donc sa claque magistrale en pleine gueule...


L’Échelle de Jacob
Marius Dubois
1997



Dans l’arme à feu, 
le sang des larmes de l'adieu
Et dans ma bouche, 
deux PURPLE JESUS !
(vodka, curaçao, jus de canneberge)





Charles-Étienne Beaulne, jeune et « illumineux » comédien, qui nous étonne à chaque fois que l’on croise son immense talent dans les théâtres de Québec, a brillamment réussi sa première mise en scène. Il a cousu sur mesure ce texte américain de Craig Wright *** pour  nous, Québécois de vieilles souches que nous sommes. En espérant que ce coup d’envoi se répétera souvent et prochainement pour DES MIETTES DANS LA CABOCHE *, la compagnie qui nous a donné il y a quelques années l’extraordinaire …ET AUTRES EFFETS SECONDAIRES, vue en septembre 2009 **.







LES COMÉDIENS

Nicolas Létourneau campe sous son étoile bipolaire un Steve des plus disjonctés. Articulé et corrosif, survolté, croyant à Dieu, aux anges et au profit, il nous offre une séance de grattage des plus affolantes, s’éclate en mille mots, donne son 110 %, possède cette scène drab presque à lui seul. Il atteint l’un des plus hauts sommets avec ce rôle… 




Emmanuel Bédard, qui se retrouve souvent en sa brillante compagnie, contraste magnifiquement avec son Sam. Isolé, introverti, meurtri et surtout agnostique, avec sa belle voix grave, que l’on reconnaîtrait entre mille, il arpente le texte de Wright (traduit par Joëlle Bond) avec une grâce des plus …spacieuses…




Joëlle Bourdon, imprégnée du double halo de l’Amour et de la Franchise, interprète une Sara transparente et généreuse à souhait, une femme qui ose prendre le risque du gros changement d’une vie brodée de bluff par les projets plus ou moins ambitieux de son époux vantable Steve




Jacques Leblanc, qu’il nous fait toujours autant plaisir de revoir sur scène, en bermudas beiges cette fois, aspergeant les recoins infestés d’un appartement coincé entre le Ciel, le Purgatoire et l’Enfer. Son athée de Karl effleure durement mais clairement une réalité qui s’accroche non pas aux clous et croix de bois sacré ou aux saintes pages de papier bible des Testaments de tout acabit mais à ce qui restera du feu sous les cendres d’un Homme qui aura survécu au drame des drames, dans la plus grande des noirceurs que la lumière des miradors aura créé…




Lorsque les deux satellites GRACE effectuent leurs 16 révolutions quotidiennes autour de la Terre, leur trajectoire est perturbée par les variations du champ gravitationnel terrestre. Lorsque le premier satellite passe au-dessus d’une région où la gravité est un petit peu plus importante, le satellite est attiré par l’anomalie du champ de gravité et la distance avec le satellite qui le suit est modifiée. Après avoir franchi l’anomalie, le premier satellite reprend sa vitesse normale tandis que les paramètres de la trajectoire du deuxième satellite sont à leur tour affectés

GRACE (Gravity Recovery And Climate Experiment)





SATELLITE OF LOVE

Satellite of Love parle d’un homme qui observe le lancement d’un satellite à la télévision, tout en ressentant une profonde jalousie envers sa petite amie infidèle.





GRACE

AUTEUR ET IDÉE ORIGINALE: Craig Wright
MISE EN SCÈNE: Charles-Étienne Beaulne,
assisté de Léa Aubin
ADAPTATION ET TRADUCTION: Joëlle Bond
APPUI DRAMATURGIQUE: Marie-Josée Bastien
CONCEPTION SONORE: Josué Beaucage
COSTUMES: Karine Mecteau Bouchard
ÉCLAIRAGES: Jean-François Labbé
DÉCOR: Sonia Pagé
DIRECTION DE PRODUCTION: Nicolas Létourneau
PRODUCTION: DES MIETTES DANS LA CABOCHE et
THÉÂTRE DREAM TEAM

PHOTOS DU SPECTACLE: via la page facebook du Périscope


Smith-Wesson 38

***

Ce soir, à l'entrée du Périscope, il n’y avait pas de programme officiel (ni de prions en église). On s’est entassés dans un appart en Floride, tout ce qu’il y a de plus ordinaire, avec des gens comme vous et moi, non pas tout à fait, en tout cas pas comme on voudrait l’être. Et malgré l’œil de la Providence,
croire quelque chose quelque part...






LA PERTE D’UNE ÉTOILE

Dimanche dernier, Benoit Violier, le grand chef franco-suissse (trois étoiles), est parti rejoindre Sara, Sam, Karl et cie...Apparemment, il se serait servi de son fusil pour y chasser la vie qui l'habitait depuis 44 ans. Il est ainsi entré dans la légende. Il n'est pas le premier chef, et certainement pas le dernier, à commettre ce geste désespéré, mais au moins il n'aura pas emporté avec lui femme et enfant...





* DES MIETTES DANS LA CABOCHE



*** Craig Wright



CRITIQUE DU VOIR


















lundi 25 janvier 2016

QUILLS: au-delà de la monstrueuse liberté du Divin

Photo: Caroline Grégoire




« Le plus honnête, le plus franc et le plus délicat des hommes, le plus compatissant, le plus bienfaisant, idolâtre de mes enfants, pour le bonheur desquels je me mettrais au feu (…) Voilà mes vertus. Pour quant à mes vices: impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d’un dérèglement d’imagination sur les mœurs qui de la vie n’a eu son pareil, athée jusqu’au fanatisme, en deux mots me voilà, et encore un coup, ou tuez-moi ou prenez-moi comme cela; car JE NE CHANGERAI PAS ».

Donatien Alphonse François de Sade 
à sa femme Renée-Pélagie de Montreuil
Septembre 1783



Sade sympathise avec le directeur de Charenton, M. de Coulmier. Ce dernier avait toujours cru aux vertus thérapeutiques du spectacle sur les maladies mentales. De son côté, le marquis nourrissait une passion sans borne pour le théâtre. Il va devenir l’ordonnateur de fêtes qui défrayèrent la chronique de l’époque.

Sources: wikipedia





Pour la rentrée de la demi-saison, 
on ne fera pas dans la dentelle:

QUILLS nous a sciés en deux,  
fendus  en quatre, 
écartelés,
pris de tous bords tous côtés,
éclaboussés, 
éviscérés,
dévorés, 
envoûtés
tiré la langue à terre,
fait tout simplement perdre la tête.
Point final.


LE MODÈLE ROUGE *
René Magritte
1935

Le problème des souliers démontre combien les choses les plus barbares passent, par la force de l’habitude, pour être tout à fait convenables. On ressent, grâce au MODÈLE ROUGE, que l’union d’un pied humain et d’un soulier en cuir relève en réalité d’une coutume monstrueuse. 

Mes tableaux ont été conçus pour être des signes matériels de la liberté de pensée.

René Magritte





Une mise en scène de virtuoses, de purs moments de grâce, QUILLS, de l’américain Doug Wright, traduit par Jean-Pierre Cloutier, a créé dans le Trident d’Anne-Marie Olivier un espace absolument dément le temps de quelques deux heures vingt, le temps de faire le tour de l'asile de Charenton, là où le Divin Marquis fût enfermé avec toute la crispante folie des autres. La scénographie, les costumes, les éclairages, l’ambiance sonore, les accessoires, les maquillages, les perruques, tous parfaitement « attachés »  les uns aux autres, une véritable liaison…dangereuse. Et la touche techno, indispensable dans l’œuvre de Robert Lepage, qui encore une fois nous aura éblouis du début à la toute fin. Virtuose…jusqu’au bout des doigts !

Photo: Journal de Québec

L’équipe de production EX-MACHINA a de quoi se péter les bretelles et non pas la gueule. Avec son Théâtre fait de surprises, d’ébahissements, de magie, d’éducation et de respect pour l’Art, il en dérange peut-être quelques-uns et quelques-unes de par son audace mais quand on traite d’un sujet aussi sulfureux que celui du Marquis de Sade faut quand même pas s’attendre à faire dans la dentelle mais à recevoir en pleine tête quelques raclures et giclements de toutes sortes. 


Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage
Photo: Erick Labbé


Je n’en attendais pas moins de la lecture personnelle qu’en ont fait messieurs Lepage et Cloutier. Ils ont proprement exécuté le travail qui était celui de nous promener divinement dans les hauts et les bas de cette œuvre tant controversée mais ô combien si nécessaire. Parce que notre monde actuel n’est pas non moins pire que celui de 1814…




« La Révolution française est une période historique d’une violence inimaginable pour nous. On a coupé la tête à des milliers de personnes au nom d’idéaux politiques, à un point tel que la guillotine devait être déplacée à travers Paris parce que l’odeur du sang incommodait les gens. Je trouve qu’il y a là, en quelque sorte, une forme de justification de la violence pour le bien. Tout est une question de perception. Par exemple, on parle des films de Tarentino comme étant extrêmement violents, mais la violence qui se passe pour vrai à chaque jour, je ne sais pas si on serait capables de la regarder en face. »

Jean-Pierre Cloutier
Extrait du programme


Robert Lepage et Jean-Pierre Cloutier à propos de la censure:


http://www.lafabriqueculturelle.tv/capsules/6477/robert-lepage-et-jean-pierre-cloutier-reflexion-autour-de-la-censure






LES COMÉDIENS




Robert Lepage, entier, vivant, majestueux, habillé, nu, toujours aussi achevé et articulé, il porte la pièce sur un piédestal devenu échafaud. Son marquis de SADE en sera un qui restera collé dans nos mémoires encore longtemps. À chaque fois, je me dis la chance et le bonheur que nous avons d’assister à l’une de ses rares performances, de le voir en chair en os, d’entendre sa voix unique. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces grands dramaturges qui l’ont précédés et qui sont encore joués depuis des siècles. Il fait partie de ce groupe d’élite qui bâtit le Théâtre pièce par pièce, qui le façonne projet après projet, qui le réaménage et le promène de par les diverses scènes du monde. C’est un honneur infini que de le côtoyer ICI, dans les jeunes murs de notre Cité. Vous dire combien j’ai hâte de prendre place dans son DIAMANT ne s’écrit pas…




Jean-Pierre Cloutier, précieux acolyte de Lepage dans ce projet audacieux, interprète un abbé de Coulmier rempli de tourments silencieux et de vérité, pas toujours facile à dire. Homme qui combattit le mépris en même temps que l’admiration qu’il avait de l’écrivain prolifique et contesté que fût Donatien Alphonse François. Il a offert un jeu impeccable qui je crois transformera à jamais l’homme de théâtre qu’il est devenu depuis son odyssée circassienne avec Éos. Pour avoir assister à la plupart des pièces de créations auxquelles il a participé, de BANG ! à TRAINSPOTTING, et avec ce que j’ai vu mercredi soir dernier, j'imagine un peu ce que l’avenir lui réserve comme autres retentissants succès...




Jean-Sébastien Ouellette, encore une fois à la hauteur des exigences des mots de l’auteur et des deux metteurs en scènes, ce même si sa perruque le rendait quelque peu méconnaissable ;-). Un docteur Royer-Collard, médecin en chef de l’asile de Charenton, qui ne croit pas tellement aux vertus thérapeutiques des séances théâtrales de l’abbé Coulmier…





Érika Gagnon, épouse épouvantée, drôle à point, folle à souhait, énergique, hypocrite, prête à tout pour que l’on fasse taire l’homme jadis tant aimé. Renée-Pélagie de Montreuil, la Correspondante, copiste, relectrice des textes de son mari, mère de leurs trois fils, soumise et dévote, masochiste, sacrifiée...   




Mary-Lee Picknell, transcendante Madeleine, lavandière fidèle au pied du maître emprisonné, qui s’est donnée corps et âme dans cette arène pour le moins sanglante. Une autre brebis sacrifiée...

Finalement, Pierre-Olivier Grondin, découvert dans l’inoubliable et énigmatique VIANDE de Maxime Robin puis dans HAMLET et LES FOURBERIES DE SCAPIN, offre une solide interprétation dont celle de l’architecte Proulx, un rôle qui je l’espère lui en apportera d’autres tout aussi providentiels. N'ayant pas trouvé de photo tirée de la pièce, on peut l'apercevoir dans l'extrait de Radio-Canada ci-dessous. Il joue l'un des merveilleux fous de l'asile de Charenton. Un bijou !  




Les superbes photos de la pièce sont celles de Stéphane Bourgeois.

***

QUILLS m’a ramenée à MADAME DE SADE, une pièce présentée au Trident en mars 2012. Écrite par Yukio Mishima, Sade y était crûment revisité par ses femmes via la mise en scène de Martine Beaulne. Mes impressions:



***

Anecdote no. 1:  le soir de la première, un homme dans la soixantaine, assis dans le milieu de la cinquième rangée, a perdu connaissance lorsque le marquis y perd…sa première plume. Quelques jours plus tard, probablement assise à la même place que lui, ou tout près, (je siège à l’E-5), j’ai entendu quelques spectatrices émettre quelques bruits de répulsion et d’étonnement. Puis, un boom dans mon cœur surpris par cette scène disons-le saisissante. Apparemment que le malaise du spectateur n’y était aucunement lié. Mais permettez-moi d’en douter un peu…;-)

Anecdote no. 2: En lisant sur la vie de Sade, j'appris qu'un certain Jacques-André Langlois, son valet, était également son complice du vice lors de certaines parties intimes. Qui sait ? J’ai peut-être un lien quelconque de parenté avec ce Langlois-là...;-)






Moulage du crâne du Marquis de Sade


En furetant sur Youtube, découvert la chanson MARQUIS DE SADE de Syrano, un auteur compositeur interprète français qui ma foi ne ferait pas honte à ce cher Donatien. Il y mentionne le nom de Magnota (!!!), comme quoi ce Canadien qui a démembré un Chinois à Montréal défigure à jamais la mappemonde du vice international ! Syrano, une autre belle découverte.



Appelle-moi Magnota, 
mes textes te ligotent
Te trépanent et ça m’excite 
quand ton cerveau mijote
Le couteau dans la plaie, 
mon grain de sel juste après, 
du son dans le sang
Qu’on leur couse les lèvres, 
le silence est rêve sombre 
et indécent





Paroles














jeudi 31 décembre 2015

REVUE de l’année théâtrale 2015


Illustration: L.Langlois


L'année 2015 agonise, 2016 se prépare à naître. Il ne reste plus que les plus beaux souvenirs marquants de toutes ces pièces qui nous ont fait grandir au fur et à mesure de leurs superbes créations. Merci à vous tous, artistes et artisans, vous faites de nos jours ordinaires des soirées mémorables. Bonne Année 2016 !


JANVIER

MÉPHISTO MÉLIÈS

En ce soir polaire de janvier, quelques jours après avoir été submergés par la lumière noire qui a inondé le tout Paris d’une France menacée, ça faisait du bien de se retrouver en bonne compagnie, tassés les uns contre les autres, à se réchauffer l’esprit avec le beau Méphisto…On était en plein Paris du début du vingtième siècle, dans les foires, dans les stands, y sentant l’odeur de la poudre des fusils, de la barbe à papa, des lilas fleuris de mai et du parfum bon marché, y croisant des siamoises, un cul-de-jatte et un cinéaste... Parce que l'instant présent, celui qui ne se vit qu’une seule et unique fois, LÀ, aux côtés des autres spectateurs, ne se démentira jamais...




FÉVRIER

DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR

Comme un bonbon suret sur le bout de la langue humide du mal humain…Des cadeaux bien empilés dans tous les recoins de la maison decormag, développés dans l’indifférence, qui font que les sourires s’effacent assez vite sur ces beaux visages de plâtre…Et cette COLÈRE qui gronde dans les têtes des dramaturges... La famille décomposée par Martin Crimp, revisitée par Christian Lapointe, une sorte de débarque programmée dans le grand cirque pas ordinaire du théâtre de ce metteur en scène qui ne cessera jamais de me surprendre…BLNC THTR, une arène remplie d’espace, qui fait beaucoup de place à l’imaginaire du Spectateur, qui lui lance quelques bombes assourdissantes à la tête afin qu’il n’oublie pas que les guerres de mots qui font des morts ne se délivreront jamais de notre monde de sangs dessous les autres...



LES FOURBERIES DE SCAPIN

Molière, toujours aussi vivifiant, actuel, grand, drôle et instructif. Un carnaval d’intelligence envahissant l’espace chaleureux du Théâtre de la Bordée en cette autre soirée glaciale de début février...Une autre exquise mise en scène signée Jacques Leblanc…Une vague de chaleur bienvenue descendue directement d’une Italie riche en histoires de joueurs…de tour…à Bergame...






LE LONG VOYAGE DE PIERRE-GUY B.

comme une infusion de vérité
dans la grande tasse du moment présent
comme la plus belle des surprises,
celle à laquelle on ne s’attendait pas...
toutes les chances d’avoir la Vie contre soi…
La finesse des mono-dia-logues, le mouvement des vagues, le craquement de la glace, l’équilibre entre l’homme et sa mer intérieure…




LE CHANT DE MEU

Ensemble puis séparément, sur le seuil d’une porte qui claque à la face du désespoir, pendant que les poudres se compactent dans le ziploc, que le Rubicon franchit le cœur du Chasseur, que son arme dégaine sur le Sénile Cultivateur, que le chant d'une vache à l'agonie s’accorde à l’Histoire de son Créateur, que résonne l’horreur du bout de la nuit noire...Le temps d’une chasse, c’tait l'bon temps, han Alain ?...Tant qu’il nous restera quekchose dans l’frigidaire, comme de cette éblouissante lumière dans le Noble Théâtre des trous de siffleux, nous serons riches de matières premières...



MARS


DISPARAÎTRE ICI

Parce que l’esthétique y est glorifiée de tous bords tous côtés, la futilité des rencontres one night stand comme dans celle des froides amitiés sonne comme une ode aux épidermes toujours si bien épilés, un exercice mental de mise en forme physique. Une crue soudaine de remous érotiques dans le spa des riches enfants de Brett Easton Ellis





NORGE

La lumière du Nord au sein des étoiles filantes
Une aurore boréale en plein milieu de la plus longue nuit
Un vent de douceur dans le froid de l'interminable hiver
Une histoire d’amour et de souveraineté
Un accent d’Amérique venu de la paisible Norvège
Une explosion d'émotions au rouge intense
Le courant électrique de la poésie de l'accessible
L'allégresse de l'inattendu...

Une bienheureuse et sublime ballade au pays de centaines de fjords et des quelques cinquante mille îles qui sculptent son pays sage…




W ; T

Un flot de mots évanouis sur le linceul d’une femme qui les aimait tant. Les mots du poète John Donne qui s’éteignent un à un sous le couvert de leur gloire. Anonymement, presque sans bruit, c'est le coup dur sur la vie qui bat, le sang qui coule encore dans la veine noire de la destinée…Des traces de beauté infinie dans le décor de l’Éternité…





NOVECENTO

Parce que je n’ai pas ENCORE écrit sur cette pièce, le souvenir de cet homme tellement seul et unique me reviendra bien un jour…




AVRIL


MOI, DANS LES RUINES ROUGES DU SIÈCLE

Devant le fait accompli de la nouvelle agréable le divin enfant nous est né. Et même lorsqu'il est triste son histoire sait comment nous faire rire. Mais par-dessus tout, il sait comment faire vivre…
Depuis le rouge éclatant de sa bonté: son cœur. Toujours à la bonne place. Et son souffle au centre du ventre chaud de sa mère, entre les mains charbonneuses de son père...De quoi faire le plus beau des voyages, avec presque rien…





LA CHATTE SUR UN TOIT BRÛLANT

Le débat des ébats
Les amants dans la salle d’attente
Les bras croisés autour de l’amour
La déflagration des couples

Le bonheur dans le placard
Le Jack dans le fond de l'armoire 
Le parfum délicat de la chair contre la chair
La résistance des fureurs
L’accoutumance de la froideur

Tout ça dans le ciel du Mississippi

Et la bonne à tout faire
(surtout le ménage de la mère)





 MAI


MACBETH

Au sein de leur Écosse en guerre
Au bord de nos larmes en gouffre
À des années-lumière de la Terre
L’odeur sanglante de leurs frimes,
esbroufes et autres bluffs

Le cœur sur la main
La tête sur la pique
La fin n'est pas encore pour demain
La mort dépendra encore pour le fric




BOOM

L’Histoire, celle avec un grand H, parsemée d’une multitude de clins d’œil faits humoristiques aux humains que nous sommes encore…La consommation, les munitions, les maisons, la télévision, les klaxons. Et les bonbons...1945-1969, un quart de siècle en plein milieu du 20ème, des histoires de famille, de politique, de  guerre, de sexe, de religion, inlassablement pratiquées pour probablement aboutir à la finale parfaite. BOOM !!!! Le monde entier fait boum




JUIN


OXYGÈNE

Purement
Follement
Abruptement

Surtout pas comme d’habitude,
Le crachat, vacuum dévastateur et novateur

Les Russes arrivèrent
Les Russes dérivèrent
Le fantôme toujours aussi actuel de Dostoïevski 
s’est à nouveau manifesté.

Ce soir, dans la 
CASERNE DALHOUSIE
on a donné des perles au cochon
ennoblit la bosse du chameau
fait la noce aux LUI et aux ELLE
OXYGÈNE
Ce sont des arbres qui poussent, vivent et meurent à travers l’asphalte
Ce sont des noces qui n’auront duré qu’une toute petite heure
Le temps de faire penser des têtes à claquements de pieds au cul
Le temps d'une gigue majeure et intensément vécue au sein de la Parole
Le temps d'un sentiment de vérité russe
Le temps de faire quelques pas dans l’insécurité mondiale
OXYGÈNE
De la graine d’apocalypse pour restless fugitives




OÙ TU VAS QUAND TU DORS EN MARCHANT ?

C'EST LA FÊTE D'ÊTRE ENSEMBLE
C'EST LE FAIT D'ÊTRE ENSEMBLE

Assister autrement le Théâtre, la Poésie, la Musique, la Technologie pendant quelques deux heures, pour apprivoiser l'Art ne serait-ce que pour le comprendre davantage et l'apprécier encore plus, pour le vivre ENSEMBLE sur un même pied d'Égalité, de Fraternité et de Liberté...




TROIS
UN

Monologue qui parle de la vie qui bat
de la mort qui rôde
de la liberté à venir
du désir de création
du verbe blanc
du sujet rouge sang
et des paquets de compléments, 
avec fenêtres vue sur océans,
ceux-là qui nous séparent
pour un moment
ou pour longtemps

UN pour faire l’amour à DEUX
puis à l’humanité

DEUX
L’Histoire revue et améliorée
par celui qui l'avait créé seul 
AVANT… 
Cette souveraine mise en scène qui nous emmène vers un TROIS absolument foudroyant d’énergie...renouvelable...




AOÛT


HIER EST UN AUTRE JOUR

Le plaisir de jouer ENSEMBLE leur a mérité une superbe ovation, 3 rappels je crois. Une bien belle soirée dans une chaleureuse petite salle pleine à craque-poter...





SEPTEMBRE


VINCI

Un Philippe qui élabore des plans d’évasion, qui se demande ce qu’il fait maintenant de et avec sa vie, qui décide de prendre un billet ouvert pour l’Europe, qui part à la recherche de son identité dans d’autres pays aux miroirs embués, qui croise le sourire d’une fille-homme à travers le génie illimité de son créateur, qui visite les fortifications antiques d’une civilisation signée Léonard de Vinci. Un fort beau voyage au cœur de l’Humain, du Louvre, de l’Italie, du vin…et du bain…




LE DIEU DU CARNAGE

Des Toutou par ici, 
des Toutou par là
Des toi, toi, toi, 
Des moi, moi, moi…

Puis des coups de mains flatteurs
dans les dos courbés des fatigués

Quelle belle folie que celle des hommes
(Tant qu’elle n’entre pas à l’asile)




OCTOBRE


BOUSILLE ET LES JUSTES

Pauvre Bousille, pris entre ses saints et ses démons, si tendre et bon, simple comme bonjour, pas compliqué pour un sou, rempli de tout le respect possible envers ses semblables, pauvres, idiots, riches ou mécréants.

Un chien sale te mord, 
un homme froid te bat; 
Une chatte en chaleur te griffe, 
une mère porteuse qui s’en va…

Peu importe la justice, peu importe les lois, 
c’est ce que tu décideras de faire APRÈS avoir triché 
qui comptera…



LE MONDE SERA MEILLEUR

Une rencontre au cœur du krach de la Crise anticipée, dans un décor avant-coureur d’un monde rempli de rivés à l’écran, qui regardent en direct 24 heures sur 24 la destruction de notre civilisation actuelle. Des gens qui perdent tout ce qu’ils n’avaient pas encore fini de payer: leurs maisons, leurs autos, leurs meubles, leurs abris temporaires…une élévation de la parole citoyenne qui vise droit au cœur de la réflexion…la Rencontre avec l'Autre, l'Échange. Comme en famille...






TROIS NUITS AVEC MADOX

LE DEUXIÈME TILLEUL À GAUCHE

Qui nous voit? Qui nous manipule?
Qui se pense au-dessus de nous ?
Qui ne se voit qu’en-dessous de tout ?

Les uns à la fenêtre, les autres à la porte.
On sonne, on cogne, on ouvre. Ou pas.
Nous fuyons. Ou nous restons.
Les fenêtres n’existent que pour l’Œil.

TOUT et RIEN, ces deux grands gaillards tragi-comiques, qui n’en finiront jamais de se chamailler pour les futilités des petites et grandes invraisemblances de ce monde de plus en plus cloîtré en lui-même, pourraient peut-être en avoir long à nous dire sur ce sujet, mais passons, nous devrions plutôt aller jouer une partie de billard, de cartes, de tock ou de dards avec...MADOX...

Parce que c’est de vie dont on parle ICI.
Et surtout parce que c’est de mort aussi.

DEDANS DEHORS
VIVANTS OU MORTS

Faire une trêve dans la Nuit
pour faire un trou dans l’ennui

Entre les deux oreilles, il y a parfois du vent fort qui sile,
le même qui souffle sur le Phare où Grubi habite la nuit,
le même où les mystères s'enroulent de réalité ordinaire,
le même où la Folie se rive aux parois poreuses du Doute.

TRAVAILLER LA NUIT, C’EST CHIANT
(MAIS PAS TOUT LE TEMPS)





TRIBUS

L’étalement de l’amour fraternel, plus grand que la superficie de tous les déserts du monde, autant les glaciaux que les torrides, se déploie devant les entendants que nous sommes du début à la fin, surtout à la fin…




CRÉPUSCULE

Des écrans de yeux bleus avec de la neige dedans
Des chaises qui immobilisent les mémoires d’antan
De vieux enfants qui appellent leur défunte Maman
Une femme qui danse, un homme qui grogne
Leurs visages masqués par la solitude
Leurs valises remplies de sourires, de tiroirs et de tirelires…
et de boutons...
CRÉPUSCULE
Une envolée au pays des souvenirs déracinés
Un entracte de confessions de vieux péchés
Une résurgence entre deux dégels
Un compte à rebours vers un printemps éternel..





NOVEMBRE


ET AU PIRE ON SE MARIERA

De la vérité toute crue, hachée en menus morceaux, injectée directement dans le bras de fer du plus faible que toi, participant qui ne gagne pas souvent à la loterie des sous financés…

Bonne nuit...Ti-Cul...XOXO





TRAINSPOTTING (2)

TRAINSPOTTING, une belle grosse sauce brune bien grasse, nous rappelant de LA ou LES fois où un jour nous autres aussi avions glissé sur cette méchante pelure de banane trop mûre pour s’y casser quelques ongles, se péter le nez en poudre de perlimpinpin ou encore se fendre les babines en quatre…La truculence de ce langage cru haché, additionné du dédain de cette Chose gluante qui pend au bout du nez, des oreilles, des doigts, des sexes et des idées, fait que les spectateurs en ont plein la gueule...et leur casque...





1984

Un éclairage à vous scier les yeux en nage 
Des doubles pensées multipliées par deux
Des non personnages
Des éclairs de rage
Des rats en cage…
Une thérapie de groupe
Un lavage de cerveau
Une escalade dans la violence
Un peuple dans le confort de son indifférence
Une dose mortelle de vrai café
Une folie expurgée
Un air de déjà vu
pour des soldats presque inconnus...

WARNING mon frère

Je t’ai à l’œil 
dans ma république du SEUIL





SUR LA MONTAGNE, NUE

Un quai sur le rivage
Des femmes sur la plage
Une montagne et des nuages
et des mains
qui feront fondre les glaces...

SUR LA MONTAGNE, NUE, poème suspendu aux lèvres molles des saisons qui sculptent les cœurs ouverts dans les maisons écloses; objet théâtral rempli de zénitude, bien-être social qui remplace le tumulte des flots quelque peu sanglants de ces derniers jours...



SAUVAGEAU SAUVAGEAU

LA LANTERNE

Un homme assis dans la Lune de neige,
un homme déguisé en petit Indien beige,
un homme infusé par sa poésie astrale.
Un homme, avec une fleur et un agneau.
Et un de ses ciels gris qui ombre son sourire.
Plus l’acide sur sa langue propre et si éclatée.
Et sa mort prématurée au pays du Revenant.
Cette voix qui propulse la pensée de sa tête pour la faire passer dans les nôtres, cette voix qui oxygène nos souffles errants de futurs mourants, cette voix, honorée aujourd'hui même à Montréal en même temps que dans la Capitale...




DÉCEMBRE


TU TE SOUVIENDRAS DE MOI

Une forêt jadis peuplée par tous les chemins menant à la Conscience, densifiée de micro points lumineux, diamants précieux que sont ces (im) parfaits cadeaux de l’Instant Présent, trésors inestimables pour ceux et celles qui ont le bonheur parfois d’en attraper la lumière passagère, enfouie dans LEUR propre mémoire...
petite mémoire sur les papiers chiffonnés
petits mots griffonnés pour ne pas oublier…
d’acheter…
du pain, du lait,
du poivre, du sel…
(et des chips
et du chocolat)
et quelque chose comme de l’eau
mais aussi quelques doses d’ebixa
d’aricept, d’exelon, de reminyl
etc etc...



BEUBYE 15

La parodie d’UNITÉ 9, avec la nouvelle pensionnaire Lise Thibault, a déchaîné les rires dans la salle (qui n’était malheureusement pas remplie). Fallait voir la sexy Shandy/Edwige Morin la "cruiser" et s’écraser sur ses genoux, tordant ! Et Suzanne, avec ses pilules, et Marie, qui pleure tout le temps, et Jeanne, qui beugle et perd la tête, une sucrée-salée de bonne parodie. Et comment oublier cette chère Matricule 728, qui push-push un bébé rempli à ras bord dans sa couche, et Mononk Marcel, qui chante bisous bisous en harcelant, boxers à l'appui, tous les jupons du monde entier, une vraie jouissance. Et pasticher Isabelle Richer avec son collier cervical, non mais fallait le faire, Joëlle Bourdon était particulièrement splendide dans ce rôle. Comme quoi, presque tout est risible...




DÉTAILS DU GRAND PORTRAIT

La rage de l’Ange dans le dépotoir
Ses cuites et ses rixes dans le bar
Le long des jours à broyer l’Espoir
Il ne travaillera jamais à l’Abattoir 

Beaucoup de temps donc pour ces indigents qui le boivent à même le goulot d’une bouteille sans fond, qui lui sucent la moelle des os trempant dedans, qui lui rongent ses ongles jusqu’au sang, qui le déchiquettent en le baisant, qui le vident de tous ses excédents, un peu comme le font BLOOD OR WHISKEY ci-contre... DÉTAILS DU GRAND PORTRAIT, ce sont des serviettes de plage d’amoureux entrelacés et tendus, des verres de bière remplis à ras bord, un coup de revolver im(prévu), des souliers d’enfant disparu trouvés dans la terre froide, un trousseau de clefs lancés par une fenêtre ouverte, des chorégraphies endiablées de corps cognant aux portes de l’enfer, des accessoires qui s’entassent dans les recoins poussiéreux des caveaux, alcôves et cellules en tout genre…