samedi 22 novembre 2014

MES ENFANTS N'ONT PAS PEUR DU NOIR: nourriture céleste pour salamandres en feu






PHONY: Somebody who pretends to be something else. It's like a bad actor.

Synonymes: FAKE POSER FRAUD LIAR LOSER WANNABE FALSE HYPOCRITE FAKER DOUCHEBAG PHONIES BITCH BULLSHIT DOUCHE REAL STUPID BOGUS LAME PRETENTIOUS SHAM

Photo: Premier Acte


LE COMBAT DES SALAMANDRES

Pour ne pas se perdre dans le bois
Épier l’œil rouge de la Bête Noire

Lui déterrer sa hache de guerre
Lui jeter des morceaux de pain
Se donner un coup de couteau
Lui rendre la clef de son chant
Démembrer Hansel et Gretel

Il faut toujours avoir de quoi de bon dans le four
au cas où il faudrait engraisser...



COMBAT DE SALAMANDRES


Le son collant de la voix brute de la mère
Le bruit de sa crème fouettée en bouteille
Le vent qu'on entendit à travers les murs
La déplorable noyade d'un cœur saignant






Jocelyn Pelletier, Sam, incroyablement hallucinant avec sa gestuelle remplie d’une énergie renouvelable sans bons sens, un comédien au talent illimité qui, je le constate pièce après pièce, évolue au rythme des excellents auteurs qui lui donnent des rôles, pas toujours faciles...

Photo: Premier Acte

Jean-Denis Beaudoin, Joe, également l’auteur, qui encore une fois met ses tripes sur la table avec toute la rigueur qu'on lui connaît, qui semble faire de la scène sa dulcinée, m’a encore une renversée, on ne peut pas ne pas l’aimer, impossible...

Photo: Premier Acte


Lise Castonguay, la mère, qui nous revenait pour une troisième fois d’affilée cet automne, a encore une fois fait résonner son indéniable talent, elle sait TOUT faire, et l’humour que commandait son rôle de mère un peu folle apportait une sorte d’apaisement à la lourdeur de la situation parfois très tendue entre les deux fils, (et oui, petit inside, j’ai apprécié tout autant MES ENFANTS N'ONT PAS PEUR DU NOIR que PHOTOSENSIBLES)...

Photo: Premier Acte

...Maxime Beauregard, le cher et si fidèle Will, que nous avions découvert (pour ma part) dans TRICKORTREAT *, autre excellente production de LA BÊTE NOIRE, m’a tout autant impressionnée que la première fois, son surprenant personnage en était un d’une sensibilité poignante, on sentait toute la subtilité dans laquelle il nageait et pas toujours dans le plein bonheur...

Photo: Premier Acte


Laurie-Ève Gagnon, Sarah, la blonde de Joe, une comédienne qu’il fait toujours aussi bon de revoir, avec toute sa douceur, sa beauté et sa discipline, Sarah, un nénuphar dans ce tas de boue...

Photo: Premier Acte

...et Nicolas Létourneau, père fantôme, qui ne parle pas, qui rôde en walking dead aux alentours de la maison d'épicéa glauque, manquant à ses fils manqués, fournisseur d'armes et de cauchemars, qui masque son visage d'un bas et ses pas de silence.

Photo: Premier Acte


C'est la géniale Édith Patenaude qui a mis ce texte remuant en valeur, avec toute l'ingéniosité qu'on lui connaît on savait d'avance que ce serait une réussite. Secondée magistralement par Jeff Labbé aux éclairages et à la scénographie, d'Uberko aux effets sonores obsédants et de Karine Mecteau Bouchard aux costumes (ah! le beau chandail de Joe !) et aux noirs accessoires, parfaitement ajustés à cette ambiance de forêt endeuillée. Vraiment, nous avons encore une fois été gâtés pourris par LA BÊTE NOIRE. Longue vie à cette jeune équipe qui OSE nous propOSER du matériel extensible dans tous les sens des maux…Leur proposition indécente tient l'affiche chez PREMIER ACTE jusqu'au samedi 6 décembre à 15 heures. Après ça, ils pourront reprendre leur souffle jusqu'à leur prochaine production...




Un décor absorbé par le noir prédominant de l’isolement, des arbres, des colombages, une forêt, des éclairages réfléchissant parfaitement l’âme du texte, une musique ajustée au corps céleste de la scène, des costumes naturels, des comédiens qui savent comment se revirer sur un dix cents, un texte intelligent et d’une beauté féroce, une mise en scène absolument géniale, le brut du réel de la poésie, de la testostérone, du sang, de l’eau, un chien…

MES ENFANTS N’ONT PAS PEUR DU NOIR, comme une série infinie de shooters avalés sans vraiment penser aux conséquences, une pièce où il n’y a pas de place pour le phony, des coups de mains dans le ventre, sur la gueule, des coups de hache sur la planche, des coups de gueule dans la cuisine, des matins de toasts brûlées, des soirs de bœuf braisé, de bluff haché, de partie de péchés…





Deux frères, une mère, une blonde, un chien, un père. La violence qui ne fait pas toujours saigner les bras…un tête-à-queue dans la promiscuité, une pulsion de trop, un égarement…et pas de beaux grands cygnes blancs pour Joe et Sam à la fin, qu'un hululement



La mort rôde à nos côtés
La mort chaude comme le thé
La résistance à la communauté
L’insistance des mal-aimés

Jean-Denis Beaudoin mérite ce qu’il sème: de l’intégrité amalgamée à la générosité. Et dire que c’est son tout premier texte, on n’a pas vraiment fini d’en entendre parler. En voici un que nous devrions suivre pas à pas, et croyez-moi, nous serons sur ses talons....



MES ENFANTS N’ONT PAS PEUR DU NOIR

TEXTE: Jean-Denis Beaudoin
MISE EN SCÈNE: Édith Patenaude
COSTUMES ET ACCESSOIRES: Karine Mecteau Bouchard
ÉCLAIRAGE ET DÉCOR: Jeff Labbé
CONCEPTION MUSICALE ET SONORE: Uberko



Une excellente critique du Devoir





jeudi 20 novembre 2014

GUERRE ET PAIX: Entre les peurs et le désir





GUERRE ET PAIX, au Théâtre de la La Bordée jeudi soir dernier, en la toujours et aussi joyeuse instructive compagnie du Loup Bleu. Une autre belle longue histoire qu’il est venu nous condenser en une heure et quarante-cinq minutes (sans entracte). Les quelques deux milles pages que contient ce roman épique publié en feuilleton entre 1865 et 1869, sont une création de Seigneur Lev Nikolaïevitch Tolstoï, elles ont en effet été passablement comprimées mais non sans jamais en avoir altéré le noyau. Etc''est tout à l'honneur de l'auteur, Louis-Dominique Lavigne et du metteur en scène, Antoine Laprise, deux manipulateurs hors-pair ! La pièce tient l'affiche encore quelques soirs, elle se termine ce samedi-ci...Courez-y !


Photo: L.L.

Pour l’avoir lu, qu’une seule fois, et vu dans sa version cinématographique (américaine), je puis écrire que le Loup Bleu m'a fait retrouver tout l’attachement que je porte à la littérature russe, celle que je lisais souvent les soirs d’hiver d'antan, avant que la fibre optique ne vienne prendre un peu trop de place dans ma vie de lectrice. Je ne me suis donc pas précipitée sur mes deux tomes en format poche pour les relire mais sur LA FUITE DE TOLSTOÏ, un excellent ouvrage du journaliste Alberto Cavallari, qui y relate les derniers moments d’une vie passablement bien remplie. 


Photo: L.L.


Photo: L.L.

Le livre traînait depuis quelques années sur le bureau de ma chambre, attendant bien patiemment qu’un événement quelconque survienne afin qu'il puisse être enfin lu au complet. Voilà, c’est fait. Je l’ai repris cet après-midi, il devait m’en rester le tiers à lire. Je me suis donc retrouvée  dans l’un des nombreux trains que Tolstoï a pris lors de cette fuite finale vers la mort. Le chapitre où je m’étais arrêtée m’emmenait à la fin d’octobre, puis vers novembre, un peu comme cet aujourd’hui teinté du paysage de givre dans mes fenêtres, ce temps de froidures hivernales qui commence à faire des siennes…



Photo: L.L.


Tolstoï qui s’est éteint dans la chair d'un jeune homme de 82 ans, Tolstoï qui s’en allait majestueusement vers sa mort physique et qui a écrit jusque à la fin, qui nous a donné de sa plus que brillante intelligence et dont nous avons encore eu le loisir d’en jouir en ce jeudi soir de novembre dans le théâtre magique qu’est celui de LA BORDÉE.


Photo: Nicola-Frank Vachon

En ces temps fous de scènes de guerre quasiment mondiale, celles du Loup Bleu, avec son épique et douloureuse bataille de Borodino qui y faisait s'affronter la Grande Armée de Napoléon et celle du général Koutouzov, aura valu à elle seule qu’on assiste à cette fresque tolstoïenne. Quel délire ! Les marionnettistes ont livré ici un véritable combat. Les éclairages, la musique, tout était parfait pour reconstituer ces gestes de grande cruauté humaine, car il s’agit bien d’humanité n’est-ce pas ? La mort du cheval en était une d’une tristesse à fendre les pierres et les cœurs…



Cette pièce fera partie de mon trésor théâtral personnel, c’en est une qui avec le temps prendra certainement une grande valeur. C’était ma troisième rencontre avec le Théâtre du Sous-marin jaune, la première fût LA BIBLE, et la deuxième, KANATA, UNE HISTOIRE RENVERSÉE. Dommage que j’aie perdu le texte de mes impressions de KANATA, c’est le seul qui se soit esquivé de mes ENVAPEMENTS par inadvertance, un clic de trop je suppose, mais je revois encore ces scènes inoubliables que créent avec minutie les grands manipulateurs de ces superbes marionnettes. Phénoménal est le don qu’ils possèdent d’activer avec autant d’art et d’adresse tous ces mots repêchés à même la résistance de leur coque, éclairés par la luminosité ingénieuse que nous offre son périscope.

Julie Renault, Paul Patrick Charbonneau, Jacques Laroche et Antoine Laprise (le Loup bleu), nous ont transportés dans les territoires lointains d’une époque qui nous rappelle drôlement la nôtre.
Le metteur en scène Antoine Laprise Il fallait entendre et sentir la chaleur des applaudissements à la fin pour se rendre compte que le spectateur aime bien se faire raconter des histoires, et surtout pas des pipes !




Parlant de pipe, je ne peux passer sous silence cet auteur de chez nous qui nous a donné, et nous livre encore, de belles et longues histoires de grands hommes. Victor-Lévy Beaulieu, qui a publié cet excellent ouvrage biographique combinant SEIGNEUR LÉON TOLSTOÏ d’un bord et SOPHIE ET LÉON de l'autre, une pièce de théâtre sur le célèbre couple russe.

Un extrait:

Photo: L.L.







Page facebook du Sous-marin jaune

Les autres magnifiques photos de Nicola-Frank Vachon


LA CAMPAGNE DE RUSSIE



Pour finir en musique, voici la finale de l'ouverture 1812 de Tchaïkovsky.




« Avant, j’étais directeur commercial dans une grande entreprise américaine mais désormais je suis retraité et citoyen français. Bien sûr, en France les 200 ans de la Campagne de Russie ne représentent pas un événement des plus joyeux, eux qui aiment répéter qu’ils n’ont pas été battus par les Russes mais par le froid extrême de cet hiver là. Cependant, lors de conférences, tout le monde s’entend bien sûr à dire que l’armée russe est la grande gagnante de cette guerre. »
Andreï Mousine-Pouchkine, 69 ans, descendant du major-général Ivan Mousine-Pouchkine

http://www.lecourrierderussie.com/2012/06/borodino-dans-le-sang/




vendredi 14 novembre 2014

VANIA: Les montagnes russes de la patience

Photo: Le Trident


Ce soir, Vania. Au sortir de la représentation, nous croisons une vieille dame qui avance lentement avec sa canne. Elle a apprécié sa soirée avec nous. Au détour d'une phrase, nous apprenons qu'elle ne sort plus de chez elle que pour aller au théâtre. L'honneur est grand.

Vendredi le 14 novembre 2014
Hugues Frenette via facebook




ONCLE VANIA / L'EXCURSION AU MONT D'OR

Oh coquin de sort
Main pourrie de mort
Main pourrie, la tête et l'ennui
Main pourrie
Qui suis-je, dieu dis
Une pieuvre, du gui
Quelle haine pour ton Tennessee
Oncle Vania

Oui tu m'interdis
De refaire ma vie
Pour une excursion au Mont-d'or
Je sais que j'ai eu tort
Au fil du lendemain
Nous verrons demain
C'est un rendez-vous baladin
Oh je sais bien

Torez parti,
Bakounine aussi
Condamné à ma pauvre vie d'aéroport
Oncle débile
Oui tu m'interdis
De refaire ma vie
Pour une excursion au Mont-d'or
Je sais que j'ai eu tort

Oh comment souffrir
Sans faire de bruit
Dans ce putain d'aéroport
Oncle débile

Jean-Louis Murat


Forêt russe




VANIA sur les planches du Trident, entouré de sa jolie forêt animée et de ses gens torturés, amoureux, qui s’ennuient à vivre…Le samovar sur la grande table, c’est l’heure du thé, c’est l’heure de boire pour les siècles à venir…Un orage dans la nuit, des bruissements de feuilles, de la salive autour des désirs, des grandes chaleurs, des pas perdus…Des coups de feu dans le cœur de l’homme et de sa forêt…On la coupe, on la rase, on la dénude, les animaux qui y vivaient s’en vont ailleurs mais pas Vania, ni Sonia, ni Maria, ni Illia, ni Marina, ni Mikhaïl, ils attendent dans la paix de l’ennui que le printemps revienne après le long hiver, tout comme celui de Québec, Kamouraska et Gaspé…Ainsi, leurs amours auront peut-être moins mal aux dents…



1897



Tout ce bois sur le plancher muet respirant à fond à l’écran, magnifique scénographie de Michel Gauthier qui nous a enfermés à clef à même la maison-donjon de ces bons mourants. Il y avait là des messieurs fort en forme...

Hugues Frenette ne déroge pas à sa renommée, toujours aussi intense, juste et bon, il ne nous déçoit jamais, on peut en dire autant de Jean-Sébastien Ouellette, avec quel mordant il a interprété son Astrov, et cette langue qu’il maîtrise si bien, et que dire de Jacques Leblanc, de cette passion qui l’anime, que ce soit en tant qu’acteur ou directeur, et Normand Bissonnette, qui a un rôle plus effacé mais non moins impeccable, un vrai bonus que de les voir tous quatre ensemble. À leurs côtés, la présence essentielle des dames...

Claudiane Ruelland et Alexandrine Warren, qui incarnent avec brio la jeunesse de la pièce, nous offrent une prestation aérienne, empreinte de noblesse oblige; leurs aînées, Véronique Aubut et Denise Verville ajoutent une touche d’humour aux situations qui engendrent les éclatantes chicanes de la discorde passagère ce qui donne parfois lieu à une rixe de jars pour la belle oie...;-) mais je préfère les jars russes aux chars russes...




Marie Gignac, qui signe cette illustre mise en scène, nous fait entrer dans l’univers particulièrement tragico-comique de Tchékov par qui tout et rien arrivent en même temps. Elle nous préparait pour notre prochaine pièce, le lumineux et ingénieux GUERRE ET PAIX du Loup Bleu. Quelle magnifique saison russe avons-nous cet automne...Tchékov disait:


« Je crains la mort de Tolstoï […] Tant que dans la littérature il y a un Tolstoï, cela est facile et agréable d'être un littérateur; même la conscience de n’avoir rien fait ou de ne rien faire n’est pas si terrible, car Tolstoï fait pour tous. Son travail est l’accomplissement de tous les espoirs et de toutes les attentes, que l'on peut placer dans la littérature. »






Merci messieurs dames pour l’intéressante causerie de ce vendredi du 7 novembre, ce fût un réel plaisir que de vous entendre nous parler de ce qui vous tient le plus à cœur. Sachez que c’est toujours avec amour que nous assistons à vos différents spectacles et j’espère bien, comme la vieille dame avec sa canne, être des vôtres encore pour très longtemps. 


« Aviver le feu, c'est injecter à nos vies de la passion et de la fulgurance. Aviver le feu, c'est augmenter la température sur scène et vous livrer des œuvres au contenu fort et pertinent, portés par des metteurs en scène avides de prendre la parole et des artistes inspirés. »

Anne-Marie Olivier





La dernière réplique...

« Nous nous reposerons ! Nous entendrons les anges, nous verrons tout le ciel constellé de diamants, et nous verrons le mal terrestre, toutes nos souffrances se noyer dans la charité qui remplira le monde entier, et notre vie deviendra douce, tendre, légère, comme une caresse. Je crois, je crois… Nous nous reposerons ! Nous nous reposerons ! »

***

Photos extraites du spectacles, gracieuseté du Trident.









Je ne peux passer sous silence le travail magnifique de Marius Dubois qui exposait à la galerie du Grand Théâtre. Beaucoup de couleurs, de chaleur et de beauté.




POUR SUIVRE LES ACTUALITÉS RUSSES



VANIA


Conception

SCÉNOGRAPHIE: Michel Gauthier
COSTUMES: Maude Audet
ÉCLAIRAGES: Caroline Ross
MUSIQUE: Stéphane Caron 
VIDÉO: David Leclerc
MAQUILLAGES: Marie-Renée Bourget Harvey








mardi 11 novembre 2014

DANSE DE GARÇONS: La fièvre des planches

Photo: Jean-Marie Villeneuve, Le Soleil



Ce qui est merveilleux avec le Théâtre, c'est qu'on passe notre temps qui s'arrête avec du vrai monde, non pas des pixels mais du vrai monde, comme celui de Michel Tremblay, de Fabien Cloutier, de Jocelyn Pelletier, de Jean-Denis Beaudoin, de Steve Gagnon, de Véronique Côté, d’Anne-Marie Olivier. Ces pièces montées comme des objets d'art, que l’on emporte dans nos souvenirs composés de répliques et de gestes mémorables pour y meubler les minutes d’intensité que nous y vivons à la vitesse de l’éclair et de son sempiternel coup de tonnerre. Le Théâtre c'est toutes ces saisons faites d'orages, de sécheresses, d'inondations, de petites brises ou de grands vents (de panique ou des Tropiques), de celles qui vous donnent la frousse, et la soif, d’y retourner, soir après soir, juste pour voir s’y jouer une partie de vie, le plus souvent celle avec le petit v, celle que l'on vit parmi vous, entre nous, seul ou pas. C'est ce qui me dépasse à chaque fois que je mets les pieds, et surtout ma tête, dans un théâtre de la Cité. C'est ce qui fait de chaque nouvelle pièce un élément visuel et sonore ajouté à cet immense puzzle qu'est l'Humanité...





Sept garçons, dont six d’entre eux ont plutôt l’habitude de jouer plutôt que de danser, nous ont agréablement, tout comme eux j’ose l’imaginer, sortis tout croche de notre zone de confort. Une situation qui je l’espère bien aura à se reproduire dans un temps futur mais peut-être devrions-nous aller nous asseoir plus souvent dans les salles où on y présente des spectacles de danse ? Après tout ce que Karine Ledoyen vient d’accomplir, sûrement. De voir ainsi se démener nos jeunes comédiens avec autant d’énergie a eu de quoi faire déployer encore plus grand leur immense talent.


Photo: Erick Labbé

Des madriers, de la sueur et de l’éclairage comme accessoires, voilà à peu près tout ce qui se trouvait sur le plancher du Périscope pour cette DANSE DE GARÇONS, un ballet pas tellement diplomatique si je puis m’exprimer ainsi en ce soir de remembrance éternelle du 11 novembre. Des muscles qui se bandent au gré des pas de deux par quatre, assemblés ici pour un seul et même corps. Une offrande ultime de discipline. Quelque chose qu’on ne voit pas à tous les jours. Un ensemble d'hommes ENSEMBLE.

Des doigts, des jambes,
Des bras, des hanches
Des fesses, des chest
Une explosion de gestes...

Des soldats, des acrobates,
Du brasse camarade dans le maquis
Des embrassades 
Des coups d'estocades

Sur le fil du rasoir
Dans l’œil des miradors
La lutte des corps du K par K
Une dose de testostérone brute





Photo: Périscope (via facebook)

DANSE DE GARÇONS

DISTRIBUTION

CHARLES-ÉTIENNE BEAULNE,
GABRIEL FOURNIER
JEAN-MICHEL GIROUARD
ÉLIOT LAPRISE
JOCELYN PELLETIER
FABIEN PICHÉ
LUCIEN RATIO


MISE EN MOUVEMENT: Karine Ledoyen, en collaboration avec les interprètes
ASSISTANCE À LA CHORÉGRAPHIE: Ginelle Chagnon
CONSEILLER ARTISTIQUE: Daniel Danis
CRÉATION EN COPRODUCTION AVEC: Daniel Danis et le collectif du Temps qui s'arrête
CONCEPTION SONORE: Jean-Michel Dumas
CONCEPTION LUMIÈRES: Sonoyo Nishikawa
COSTUMES: Dominic Thibault
PRODUCTION: Danse K par K

Une anecdote personnelle à propos de ce spectacle que je ne voulais surtout pas manquer pour tout l’or du monde:

Je devais être des spectateurs lors de la création de ce spectacle qui était présenté en première lors du CARREFOUR INTERNATIONAL DE THÉÂTRE DE QUÉBEC fin mai 2013 mais un orage violent s’étant déchaîné dans les rues de la ville j’ai malheureusement du m’en absenter et comme tout était sold out je n’ai pu remettre au lendemain. Merci au Périscope de l’avoir remis à l’affiche.
Le Périscope, cet espace de création unique qui, pièce après pièce, nous fait entrer directement dans la tête des créateurs qui ne l’habitent peut-être que quelques soirs par année mais qui y laissent leur marque longtemps après...












dimanche 9 novembre 2014

PHOTOSENSIBLES: Fenêtres ouvertes dans la chambre noire




"I am depressed... without phone... money for rent... money for child support... money for debts... money!!!... I am haunted by the vivid memories of killings and corpses and anger and pain... of starving or wounded children, of trigger-happy madmen, often police, of killer executioners... I have gone to join Ken if I am that lucky." 

Kevin Carter
27 juillet 1994

Kevin Carter 




Une fleur au bout du fusil
La marche des hommes
La fin de la guerre
Le début d’un temps nouveau
La peur des vautours
L’enfant qui meurt de faim
Des bras autour d’une pierre
La chair des mines en éclat
L’illusion d’un baiser enflammé
Une rue en folie
Le risque de la vie,
La certitude de la mort





  Kevin Carter


There's a man that I used to know
And sometimes he still visits with me
When it's late and the alcohol's glow
Is nearly gone
And it's time to awaken

MAN IN THE MIRROR
Savatage









Il y a pas si longtemps, dans une ville loin de chez nous, on abattit un mur. On disait que la guerre froide était terminée. Vingt-cinq ans plus tard, un certain Gorbatchev dit : « LE MONDE EST AU BORD D’UNE NOUVELLE GUERRE FROIDE »… On se croirait en plein dans le 1984 d'Orwell ou encore dans LE MEILLEUR DES MONDES d'Huxley. Bien sûr, il y eut toute une fête pour célébrer la réunification des deux Allemagne, semblable à celle à laquelle les Berlinois ont assisté ce soir. Et des photos, prises par milliers, pour garder en souvenir ces instants impérissables de liberté soit disant nouvelle. Tous ces clichés, que le photographe présent entasse dans son appareil photo pour y bâtir la mémoire de ces moments uniques, en vaudront sans doute toujours la chandelle…mais à quel prix ?


Karine Blais
Photo: Presse canadienne



L’excellent PHOTOSENSIBLES de la VIERGE FOLLE nous en aura fait voir de toutes les couleurs avec leur cinq histoires passées à l’Histoire. Maxime Robin, le brillant metteur en scène, avec la collaboration complice de Noémie O’Farrell, n’en finissent plus de nous surprendre. C’est toujours un vrai suspens que d’assister à leurs créations festives autant que réfléchies. Jamais au bout de nos surprises. Ils ont d'ailleurs fait un clin d’œil à leur mystérieux VIANDE *, une pièce qu'ils avaient créée chez Premier Acte et que nous avions trouvée géniale. 


Maxime et Noémie

  
Tous les comédiens et comédiennes ont livré avec une émotion à fleur de peau les textes des auteurs que LA VIERGE FOLLE avaient conviés pour cet exercice littéraire; Roxanne Bouchard, Véronique Côté, Jean-Michel Girouard, Jean-Philippe Lehoux et Gilles Poulin-Denis, ont admirablement dépeint l’ombre et la lumière, l’ordre et le désordre, le blanc et le noir. Lise Castonguay nous a une fois de plus promenés dans les endroits secrets et lumineux de son immense talent, Noémie O'Farrell m'a tiré des larmes avec sa prestation des plus naturelles de la collègue de Karine Blais, son avancée spectaculaire dans le noir, une superbe idée, Guillaume Pelletier et Denis Harvey, magnifiquement beaux et hallucinants à voir jouer, deux belles découvertes, et Joëlle Bond, qui intervenait entre les histoires avec finesse et émotion, surtout à la fin lorsqu'elle parle de son père décédé. Et la chanteuse, dont le nom n'apparaît pas sur le programme, une vraie grâce. Bref, une autre excellente distribution. Et que dire de l'éclairage sinon qu'il était divinement parfait...5 étoiles.


Photo: Rich Lam


Les cinq photos primées, que nous avons tous vues un jour ou l’autre, soit à l’écran ou dans un imprimé, ont fait le tour (ou le détour) du monde, celui qui nous prétend encore humains, qui nous renvoie dans les recoins obscurs de ses quatre coins: rouges, jaunes, blancs et noirs...


Photo: Kelly Guenther New-York Times

Il fait souvent soleil lors des jours de grands drames, on n’a qu’à penser au matin du 11 septembre 2001, à New-York, là où il s'en est pris en masse de la photo mémorable, mais il pleut parfois aussi, et longtemps après, surtout dans les yeux de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui, au risque de leur vie, ont vaincu la peur et la stupeur pour saisir l’instant présent, celui qui fait de vous un héros de guerre ou de paix. Qu’est-ce qui nous rend aussi vulnérables et tristes à la vue de toutes ces images, pas toujours saintes, sur lesquelles nous cliquons pour avoir le nom de l'auteur? Est-ce que le photographe sait ce qu’il se passera APRÈS, lorsque son épreuve paraîtra sur à peu près toutes les unes des presses mondiales et dans la plupart des sites internet ? PHOTOSENSIBLES nous a rappelé qu'il y avait encore de l'humanité avant tout devant les miroirs et derrière les murs...

Photo: Fabrizio Bensch (Reuters)

Berlin le 9 novembre 2014
25 ans APRÈS...


Et nous, qu’est-ce qu’on ne sait pas qu’on aimerait bien savoir ? On devrait peut-être retourner s'installer dans nos chambres noires pour y apercevoir le fantôme de la liberté, qui doit y errer encore....







  
PHOTOSENSIBLES
Conception: Karine Galarneau, Mykalle Josha, Keven Dubois, Noémie O'Farrell
Collaboration aux costumes: Sonia Pagé



Le fantôme de la Liberté ne fait qu'imiter le hasard il a été écrit en état de conscience; ce n'est pas un rêve ni un flot délirant d'images.

Luis Buñuel