jeudi 19 février 2015

LE CHANT DE MEU: une run de lait le temps d'une chasse

Photo: Silène Beauregard


Fallait qui tire la vache pas l’buck




If I were a swan, I'd be gone.
If I were a train, I'd be late.
And if I were a good man, I'd talk with you more often than I do.
If I were to sleep, I could dream.
If I were afraid, I could hide.
If I go insane, please don't put your wires in my brain.
If I were the moon, I'd be cool.
If I were a rule, I would bend.
If I were a good man, I'd understand the spaces between friends.
If I were alone, I would cry.
And if I were with you, I'd be home and dry.
And if I go insane, will you still let me join in with the game?
If I were a swan, I'd be gone.
If I were a train, I'd be late again.
If I were a good man, I'd talk to you more often than I do.





« Maintenant encore, dit-il, nous pouvons revenir sur nos pas; mais, si nous passons ce petit pont, le sort des armes décidera de tout.  »

Suétone
La vie des douze César  



BREUIL: masculin (Sylviculture). Terme d’eaux et forêts. Bois taillis ou buissons fermés de haies, servant de retraite aux animaux.

Dictionnaire Littré



PAN ! En plein dans la gueule.
Tiens, prends ça ma grosse vache !

Pendant la nuit des longs couteaux,
des hommes en chemise sul’carreau
Sniffent de la coke, traque le buck,
Avancent dans la mort, reculent sur le tort
Se saoulent, se scratchent, se cachent
Ressuscitent des souvenirs d’enfance
Visitent des prisons, perdent la raison
Saignent la violence faite aux vaches
Circonscrivent la mort à leurs trousses





Chez eux, pas le temps de réfléchir, plutôt agir selon la montée de lait ou d’adrénaline. Leurs pulsions dictent l’act of god qu’ils accompliront afin de sauver leur monde. Ils avancent, font du surplace mais jamais ne reculent devant le rien des autres. Comment se fait-il qu’Alain aie passé à l’acte ? Comment se fait-il que son grand chum Marco l’ait dénoncé ? Ça restera gravé dans nos mémoire comme le souvenir grotesque d’une longue nuit de chasse folle…





L’avancée théâtrale des deux protagonistes, habilement dirigés par Benoît Desjardins, directeur du Noble Théâtre des trous de siffleuxnous en aura mis plein la vue et le ventre avec Martin Dubreuil et Jean-René MoisanAlain et Marco pour les intimes présents vendredi soir dernier chez Premier Acte. Ensemble puis séparément, sur le seuil d’une porte qui claque à la face du désespoir, pendant que les poudres se compactent dans le ziploc, que le Rubicon franchit le cœur du Chasseur, que son arme dégaine sur le Sénile Cultivateur, que le chant d'une vache à l'agonie s’accorde à l’Histoire de son Créateur, que résonne l’horreur du bout de la nuit noire...

Le temps d’une chasse, c’tait l'bon temps, han Alain ?



 LE TEMPS D'UNE CHASSE

Robin Aubert, un poète, acteur, réalisateur, qui s’inspire du breuil à travers les tranchées de la guerre que se livre l’homme et sa Nature. Martin Dubreuil, la bête lumineuse, dont nous avions pu apprécier l’immense talent quelques jours auparavant dans le remarquable FÉLIX ET MEIRA de Maxime Giroux, un film qui nous promène dans les rues juives hassidiques d’un Montréal où l’on ne s’aventure pas très souvent, nous a à nouveau émerveillés par son jeu impeccable, lui qui mister tambourine man et danse comme un fou et envoie son poing sur LA GUEULE DES JOURS…avec les Breastfeeders, une autre sorte de run….






Jean-René Moisan, avec cette fureur interne qui ne déborde jamais trop mais qui fait de l’effet à chacune de ses élégantes apparitions. En relève d'Hubert Proulx, il a su comment frappé un maudit beau coup de circuit...tout en douceur...Benoît Desjardins, le metteur en scène de cette ballade au cœur des mots de Robin Aubert nous parle de son théâtre des Hautes-Laurentides:




Tant qu’il nous restera quekchose dans l’frigidaire, comme de cette éblouissante lumière dans le Noble Théâtre des trous de siffleux, nous serons riches de matières premières...


LE CHANT DE MEU

TEXTE: Robin Aubert
MISE EN SCÈNE: Benoît Desjardins
SCÉNOGRAPHIE et COSTUMES: Silène Beauregard
CONCEPTION et ARRANGEMENTS SONORES: Maude St-Pierre
CONCEPTION D'ÉCLAIRAGE/RÉGIE: Émilie Gendron
MUSIQUE ORIGINALE: Sylvain Lafontaine
DISTRIBUTION: Martin Dubreuil et Jean-René Moisan
AVEC LES VOIX DE: Fred-Éric Salvail et Éloïse Boies












samedi 14 février 2015

LE LONG VOYAGE DE PIERRE-GUY B.: le trip de la Vérité







En 1898, Charlo compte deux magasins, deux hôtels, 
un congélateur pour saumons et une usine d'emballage.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charlo






La Musique, ordre dans le chaos
Le chant de la glace contre l’eau
Le cœur de l’Amitié qui baigne dans le respect
La beauté de l’aube à Istanbul les soirs de raki
Le ventre tout plein de montagnes enceintes…

De la Vérité brute qui te dévisage en pleine face
Des microphones tout le tour de la scène
Les mains chaudes du Percussionniste
Son grand-père en équilibre sur la petite chaise
Sa mère généreuse de macaroni à la viande

LE LONG VOYAGE DE PIERRE-GUY B.,
comme une infusion de vérité 
dans la grande tasse du moment présent
comme la plus belle des surprises, 
celle à laquelle on ne s’attendait pas...






une canne de bière
un verre de raki
et puis quoi encore ?
un cap d’acide
une rhapsodie acadienne
un trou dans le mur
plus une chèvre imaginaire

Istanbul à 4 du mat’
Le chant heavy de la prière
La danse légère dans les ruelles
Le déhanchement du grand Voyageur
Un tour du monde en une heure et demie

Son beat qui goes on… and on…and on…

De la Musique des années 80 dans la van familiale
De la Musique urbaine tassée dans les discos hot
Le brouhaha du tempo brûlant des gitans
Le cœur sur la main de leurs instruments
Et toutes les chances d’avoir la Vie contre soi..





Des voix venues de l’Est qui nous ont brillamment raconté leurs histoires vécues lors d’une soirée passée dans le sas de la Vérité. L’éclatante victoire d’un super trio: Philippe Soldevila, Christian Essiambre et Pierre Guy Blanchard. Une partie parfaite en direct des Maritimes. Une coproduction des théâtres SORTIE DE SECOURS et de L’ESCAOUETTE ainsi que du Théâtre Français du CENTRE NATIONAL DES ARTS.Toutes les routes du monde sont maintenant déblayées pour ces trois itinérants providentiels. La finesse des mono-dia-logues, le mouvement des vagues, le craquement de la glace, l’équilibre entre l’homme et sa mer intérieure. Mille fois bravo pour cette splendide performance hors du commun. Nous avons traversé le miroir avec vous, Philippe, Christian et Pierre Guy, ce fût une véritable odyssée que d'être en votre brillante et énergique compagnie. Je regrette cependant de ne pas être allée voir LES TROIS EXILS DE CHRISTIAN E., mais je me suis mis à rêver de la prochaine pièce qui bâtira probablement l'une des plus féconde trilogie que l'on aura vue jusqu'ici. Merci au Théâtre Périscope de nous présenter des œuvres d’une qualité exceptionnelle comme la vôtre; c’est et ce sera toujours un grand plaisir de faire partie de vos fidèles abonné(e)s. Nous vous donnons des sous pour que vous receviez notre présence; et nous recevons la joie de votre labeur parce que vous vous donnez la peine de la concevoir. Merci de tout cœur au coordinateur artistique Frédéric Dubois de nous faire entrer dans un monde où expérience et partage font souvent très bon ménage quand il faut OSER...


Philippe S., Christian E., Pierre Guy B.

Photo: Nicola-Frank Vachon
http://nicolafrankvachon.com/




Dans les coulisses de la pièce




Photo: Jean-François Desgagnés


AUTEURS

Philippe Soldevilla

Christian Essiambre
Pierre Guy Blanchard

Mise en scène et direction de la création

Philippe Soldevila

Assistance à la création
Alexandre Fecteau et Marc-Antoine Malo

Collaboration artistique

Christian Fontaine et Marie-Êve Cormier

Conseillère artistique
Marcia Babineau

Environnement sonore

Pierre Guy Blanchard

Éclairages

Marc Paulin

Direction artistique

Philippe Soldevila
Marcia Babineau
Brigitte Haentjens


***


AFIN DE POURSUIVRE L'ENVOÛTEMENT...

Dans le premier vidéo, Pierre Guy Blanchard, en compagnie de Sam Shalabi et Jérémi Roy et dans le second, avec Sam Shalabi et Omar Dewachi. Un autre moyen tour du monde...




http://cstrecords.com/cst090/

https://le49.wordpress.com/tag/pierre-guy-blanchard/


ET QUI SAIT S'IL N'Y A PAS UN FUTUR PIERRE GUY BLANCHARD DANS CE BAND-LÀ ?
Ils interprètent KASHMIR suivi de IMMIGRANT SONG de LED ZEPPELIN




vendredi 13 février 2015

LES FOURBERIES DE SCAPIN: aux alentours de l'astéroïde 3046

Photo: D-Max Samson



Molière, toujours aussi vivifiant, actuel, grand, drôle et instructif. Un carnaval d’intelligence envahissant l’espace chaleureux du Théâtre de la Bordée en cette autre soirée glaciale de début février. Une autre exquise mise en scène signée Jacques Leblanc. L’engouement qu’il éprouve depuis longtemps pour Jean-Baptiste est connue comme Barabbas dans la passion. Et ce soir encore il nous aura transportés aux alentours de l’astéroïde 3046, découverte le 24 septembre 1960 par Cornellis Johannes  van Houten, Ingrid van Houten-Groeneveld et Tom Gherels.






GÉRONTE: Mais que diable allait-il faire à cette galère?

SCAPIN: Oh! que de paroles perdues! Laissez là cette galère, et songez que le temps presse, et que vous courez risque de perdre votre fils. Hélas! mon pauvre maître, peut-être que je ne te verrai de ma vie, et qu'à l'heure que je parle, on t'emmène esclave en Alger. Mais le Ciel me sera témoin que j'ai fait pour toi tout ce que j'ai pu; et que si tu manques à être racheté, il n'en faut accuser que le peu d'amitié d'un père.


Photo: Nicola-Frank Vachon


En ce moment, j’écoute via YOUTUBE l’une des milliers de versions de cette pièce qui fût créée en 1671, c'est celle d’un autre Jacques (Échantillon). Nous sommes en 1973 et un certain André Dussolier y interprète le personnage d’Octave. Les costumes aux couleurs vives me rappellent ceux de la défunte série radio-canadienne LA RIBOULDINGUE et le Géronte de George Audoubert au Professeur Mandibule








Et ce dimanche matin glacial et venteux, je lis sur le web la chronique de Mathieu Bock-Côté qui, par un heureux hasard nous parle du MISANTHROPE, qui est à l'affiche présentement au théâtre du RIDEAU VERT, avec entre autre le magnifique François Papineau dans le rôle d’Alceste. (Lire l'extrait plus bas) *. Ce qui m’amène ici au non moins talentueux Christian Michaud qui ce soir nous a encore une fois éblouis avec une autre de ses généreuses performances. Son Scapin nous a littéralement ensorcelés tant par la perfection de son débit que par la gestuelle. Il était majestueusement accompagné d’une troupe dont on ne peut rêver mieux: Jack Robitaille, Hugues Frenette, Jonathan Gagnon, Marianne Marceau, Philippe Durocher, Pierre-Olivier Grondin, Chantal Dupuis, Ghislaine Vincent et une jeune étoile montante, Élie Giasson-Fragasso, qui a pour père l'un de mes comédiens préférés...;-) 


Photo: D-Max Samson


Tous, sans aucune exception, ont méticuleusement collaboré à faire de cette autre noble production de la Bordée un succès de foule. À entendre la clameur du public absolument ravi, on se serait crus au septième ciel, ou à Versailles…La tour à bureau, transformée en galère le temps d’une autre belle fourberie de Scapin, occupe pratiquement à elle seule toute la scène. Une œuvre d’art conçue par Ariane Sauvé, la scénographe. Les costumes aux motifs cartes postales, multicolores, joyeux et légers, de Sébastien Dionne, nous ont importé une vague de chaleur bienvenue descendue directement d’une Italie riche en histoires de joueurs…de tour…à Bergame...


Torre del Comune à Bergame








* J’en suis sorti en me disant que la vie serait bien triste sans les acteurs qui font revivre ainsi, pour nous, en temps réel ou sur écran les grandes pièces qui ont façonné notre civilisation. En jouant le texte, ils nous le rendent accessibles et gardent ainsi au cœur de l’existence les classiques que nous n'avons pas le droit de renier. On aura beau dire, mais c’est dans sa capacité à s’approprier les grands textes et à toujours révéler leur jeunesse qu’une culture confirme sa vocation à l’universalité, sa véritable ouverture au monde.

Mathieu Bock-Côté



Le fils du tapissier s´appelle Jean-Baptiste

Et il a décidé de devenir artiste
Au lieu d´être patron de quelques apprentis
Il sera simplement valet de comédie
Avec quelques copains, commence l´aventure
Et tant pis si les planches des tréteaux sont dures
On a le ventre vide et on a le cœur plein
C´est toujours comme ça qu´on devient comédien










Une version signée Laurent Brethome 



LES FOURBERIES DE SCAPIN

Texte : Molière
Mise en scène : Jacques Leblanc
Assistance à la mise en scène : Jocelyn Paré


CONCEPTION

Décor : Ariane Sauvé
Costumes : Sébastien Dionne
Maquillages : Élène Pearson
Coiffures et perruques : Sébastien Dionne et Florian Van Wembeke
Accessoires costumes : Sébastien Dionne et Arianne Sauvé
Lumières : Dominic Lemieux
Musique et instruments : Fabrice Tremblay
Violon : Philippe Amyot

DISTRIBUTION

Émile Bergeron
Chantal Dupuis
Philippe Durocher
Hugues Frenette
Jonathan Gagnon
Élie Giasson-Fragasso
Pierre-Olivier Grondin
Marianne Marceau
Christian Michaud
Jack Robitaille
Ghislaine Vincent


En complément, pour se remémorer cette merveilleuse soirée, les superbes photos de Nicola-Frank Vachon


Et celles non moins superbes de D-Max Samson




Photo: L.L.
Jeudi, 5 février 2015

Hier après-midi (ou plutôt hiver après-midi)
le long de la Dorchester, tout près de La Bordée
de rires et de joie du Scapin de Jacques Leblanc,
une jeune sandale abandonnée sur le banc enneigé, 
qui annonce que le Printemps peut bien s'en venir.




Dans le hall d'entrée de La Bordée, l'exposition toute en fragilité végétale de Denise Blackburn intitulée APOCALYPTUS SUITE 2, a séduit le Spectateur tout juste avant qu'il aille rencontrer la bande de Scapin.



***

RUE ST-JOSEPH

Avant d'aller au théâtre, faut parfois se ravitailler un peu, et ce soir c'est chez Hosaka-Ya Ramen que nous avions élu domicile pour une couple d'heures. Un vrai festin joyeux: la salade Wafû, les gyoza (dumplings farcis au porc), les kimchi (légumes marinés coréens) et l'excellent kara age (poulet frit à la japonaise), additionné d'une bière pour A. et d'un sake pour moi, nous étions pleinement rassasiés. Avant d'entrer à La Bordée, un court détour chez Aliksir, pour y respirer l'odeur végétale ambiante des huiles essentielles qui te rend euphorique. J'oubliais, avant le resto, nous avions fait une halte chez Materia, au coin de Charest et de la Couronne, pour y admirer l'oeuvre récente de Dominique Beaupré St-Pierre intitulée CE QU'IL Y A DERRIÈRE L'ÉCORCE, une expérience entre le verre et le végétal. Quand l'intrigue de la Vie se crée en direct sous tes yeux, elle te fait penser que tu fais tout de même partie de cette végétation...essentielle...













Hosaka-Ya Ramen









dimanche 1 février 2015

DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR: Kiss on my bliss

Photo: Alice Chiche

Il y aura des lettres écrites et déchirées
Des occasions perdues des amis fatigués
Des voyages inutiles des déplacements vides
Des heures sans bouger sous un soleil torride, 
Il y aura la peur qui me suit sans parler

Michel Houellebecq
DERNIERS TEMPS





N’AYEZ PAS PEUR DU BONHEUR; 
IL N’EXISTE PAS.

Michel Houellebecq
Survivre in RESTER VIVANT ET AUTRES TEXTES



DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR, là où on y entendrait ad nauseam des chansons kétaines du Noël qui te lave plus blanc que blanc et pas vraiment de mots pour décrire tout ce que j’ai vécu en cet après-midi ensoleillé, enfermée dans la salle Octave-Crémazie du GTQ, à part que…





…deux belles grandes petites filles bien roulées mais mal élevées, qui évoluent au sein d’une famille d’atomisés qui se dorent la couenne en Floride le jour de Noël…de la musique signée Keith Kouna enrobant les voix de la perdition…des fringues, des frasques, du fric, le cul dans la tête et le vice qui versa sur le côté le temps d'une remarquable mise en scène...un pépé radieusement en forme, qui bande encore pas trop mou…son fils astronaute souffleur de neige noire…un mononk chanteur de pomme qui casse le party, sa femme flashbang qui a le don de nous en foutre plein la gueule avec sa lumière aveuglante dans le décor sombre de la foutaise absolue...




Tout ça mixé dans le hachoir Lapointe. Comme un bonbon suret sur le bout de la langue humide du mal humain. Quelque chose qui n’a rien à voir avec le something in the way she moves. Trois générations qui s’assemblent se ressemblent, qui se poursuivent sans relâche avec leur surconsommation désabusée du Gras Commerce Extérieur. Des cadeaux bien empilés dans tous les recoins de la maison decormag, développés dans l’indifférence, qui font que les sourires s’effacent assez vite sur ces beaux visages de plâtre…Et cette COLÈRE qui gronde dans les têtes des dramaturges...


Martin Crimp


Le temps est toujours le bienvenu pour Pépé de feuilleter sa revue porno et d'aller faire un peu de bateau sur les flots de la mer seins titillants, et pour Mémé de s’étendre dans sa chaise de snowbird encabané dans l'été éternel, de se la couler douce-amère au bord de la piscine gonflée à bloc de spacieux patios. Le temps est aussi bienvenu pour Debbie et Hazel: deux sœurs au bord du gouffre sans fin de la compétition, à bout de souffle, un bébé pas de tête dans le ventre de l’une, la jalousie dans le cœur de l’autre, deux futures supervénus qui ne grandissent plus, qui ne grandiront jamais, qui ne se feront plus border par les vagues de chaleur humaine d’une mère en minijupe…


Lise Castonguay et Ève Landry
Photo: Nicola-Frank Vachon


La famille décomposée par Martin Crimp, revisitée par Christian Lapointe, une sorte de débarque programmée dans le grand cirque pas ordinaire du théâtre de ce metteur en scène qui ne cessera jamais de me surprendre. DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR, comme un brûlot piquant qui te réveille la nuit, qui emporte avec voracité, dans sa minuscule bouche, un morceau de ta chair rôtie. C’est pas toujours rose et ensoleillé dans les petits coins de paradis perdus. Quelque chose là-dedans nous a comme tirés à bout portant de notre néant et pourtant... nous sommes encore vivants…

***

Moi à une spectatrice dans l’arrêt de bus à la sortie du GTQ :


 -            Vous avez aimé la pièce ?
-       -  Je ne sais pas.
-         Connaissiez-vous Christian Lapointe avant ?
-        - Non.
-        - Ah…
-         - Je pense qu’il y a comme de la propagande là-dedans.
-         - Plutôt une simple constat de notre réalité, avec un gros soupçon de                révolte…

Ne lui ai pas énuméré les objets avec lesquels j'avais joué auparavant (VU D’ICI, LIMBES, TRANS (E), SEPSIS, L’ENFANT MATIÈRE, L’HOMME ATLANTIQUE, ORPHÉE 21), mais simplement signalé que j’avais à nouveau retrouvé l’effet Lapointe, sa déconstruction habituelle, sa vision. Puis la 801 se pointa. La dame dû y monter pour retourner dans sa triste et sécurisante banlieue. Puis ce fut mon tour avec la 800. Le même scénario qui se reproduit pour la même race de monde. Assis à mes côtés, deux jeunes beautés mâles arabes qui se parlaient en…arabe. Et dans mon sac, les SOUMISSION et RESTER VIVANT de Michel Houellebecq. Pas osé les leur exhiber, plutôt sorti le programme officiel du MOIS MULTI 2015 (4 au 28 février) pour prendre connaissance des différents shows et installations qu’on y présentera avec entre autres ARTHY, l’installation robotique  qui m’expliquera pourquoi je ne suis pas un artiste génial. Les deux jeunes Arabes paisibles sont descendus dans Limoilou. Aucune espèce d'échange entre nous, aucun mot, aucune espèce de sourire, et pourtant…



 ***




Devant l'entrée des artistes, Normand Bissonnette et David Giguère, deux des comédiens de la pièce fument dehors dans le froid glacial du dernier jour de janvier 2015. Qui sait, peut-être rêvent-ils de Playa Blanca ;-) Dans moins d’une demi-heure ils seront Papa et Oncle Bob sur les planches en sable du Trident pour nous jouer l’un des plus beaux tours d'observation de cette race humaine que nous sommes, sûrement l'un des plus percutants de cette saison 2014-2015. David Giguère, également un excellent auteur qui chante aussi. Voyez et entendez sa superbe HONTE:








BLNC THTR, une arène remplie d’espace, qui fait beaucoup de place à l’imaginaire du Spectateur, qui lui lance quelques bombes assourdissantes à la tête afin qu’il n’oublie pas que les guerres de mots qui font des morts ne se délivreront jamais de notre monde de sangs dessous les autres. Nous sommes et serons toujours aux premières loges du divin désastre avec le génie de Christian Lapointe. Nous n’en n’aurons jamais fini avec ce puissant pouvoir créateur et c’est bien tant pis pour ceux qui en auront toujours un peu peur…


Photo: Pedro Ruiz



Pour Oncle Bob et Madeleine: un beau bec sul' kisser !!

And if you insist on knowing my bliss
I´ll tell you this
If you want to know what the reason is
I´ll only smile when I lie, then I´ll tell you this





DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR

CONCEPTION

Texte: Martin Crimp
Traduction: Philippe Dijan
Version québécoise: Christian Lapointe
Scénographie: Matéo Thébaudeau et Jean Hazel
Costumes: Virginie Leclerc
Éclairages: Martin Sirois
Musique: Keith Kouna
Dramaturgie: Sophie Devirieux
Projections: Lionel Arnould
Coiffures: Sébastien Ouellet
Accessoires: Julie Lévesque

DISTRIBUTION 

Normand Bissonnette: Papa
Lise Castonguay: Maman
Denise Gagnon: Grand-Mère
David Giguère: Oncle Bob
Ève Landry: Madeleine
Joanie Lehoux: Hazel
Roland Lepage: Grand-Père
Noémie O’Farrell: Debbie

PHOTOS: Nicola-Frank Vachon








                      http://vimeo.com/102826203




Un beau gros char pour Hazel

Ce réservoir peut être un souvenir pour vous et votre famille, même passé à la prochaine génération avec sa qualité exceptionnelle.